Le 02/03/2020

Ce que les gens ne comprennent pas à propos de la dépression

Beaucoup de personnes ont une image naïve de la dépression. Ils pensent qu'une personne dépressive, qui passe sa vie dans son lit, est une personne qui manque de buts dans sa vie, une personne qui manque de motivation, une personne mentalement "faible"...

Dépression lit

Beaucoup de personnes ont une image naïve de la dépression.

Ils pensent qu'une personne dépressive, qui passe sa vie dans son lit, est une personne qui manque de buts dans sa vie, une personne qui manque de motivation, une personne mentalement "faible", une personne molle.

Mais paradoxalement dans bien des cas, il s'avère que c'est exactement l'inverse qui cause la dépression chez beaucoup de gens !

C'est un mental trop "fort", trop rigide, un mental qui se met des buts inatteignables, un mental qui a trop d'ambition.

Explications.

Le rôle adaptatif de la baisse d'humeur

Tout d'abord ce qu'il est essentiel de comprendre c'est que la baisse d'humeur (motivation, énergie, etc) est en grande partie un mécanisme adaptatif ancestral pour arrêter les efforts qui ne marchent pas.

C'est une sorte de mécanisme de freinage par la sédatation et l'anésthésie (c'est à dire l'endormissement et la suppression de sensations).

Si ce mécanisme n'existait pas, les animaux seraient toujours aussi motivés et persévéreraient bêtement à faire des efforts qui ne marchent pas jusqu'à s'épuiser et mourir, au lieu d'arrêter et de se ré-orienter.

Tout système qui dépense plus qu'il ne gagne va finir par mourrir s'il continue comme ça.

Ainsi, grâce au mécanisme ancestral de baisse de l'humeur, plus on persévère dans quelque chose qui ne marche pas, plus les freins s'enclenchent (c'est à dire plus notre humeur diminue) de sorte à nous dissuader de continuer à perdre de l'énergie.

...

Par conséquent, une personne qui a peu d'ambition, une personne qui se met des buts faciles à atteindre, ne va jamais fortement déclencher ce mécanisme de freinage par la baisse de l'humeur, puisqu'elle n'aura jamais d'obstacles considérables et qu'elle avancera facilement.

Il en est de même pour une personne qui abandonne facilement ses buts quand c'est trop dur et une personne qui s'en fiche d'avoir des problèmes dans sa vie, qui s'en fiche de stagner.

En revanche une personne très ambitieuse, une personne qui se met des standards et des buts difficiles à atteindre, une personne qui veut réaliser de grands idéaux, risque d'avoir beaucoup d'obstacles considérables, d'avoir des périodes où rien n'avance malgré les efforts, et par conséquent risque de fortement enclencher les mécanismes de freinage par la baisse de l'humeur.

Et si elle refuse d'abandonner et qu'elle persévère à poursuivre ses buts alors que ça ne marche pas fort, elle risque d'enclencher les mécanismes de freinage par la baisse de l'humeur encore plus profondément... et donc se faire profondément sédater et anésthésier par son propre corps, jusqu'à entrer en dépression.

Ainsi, après des années, ce genre de personnes finissent par se retrouver complètement à plat, tout le temps à vouloir dormir dans leur lit, non pas parce qu'elles sont mentalement molles et qu'elles manquent d'engagement dans des buts, etc mais justement parce qu'elles sont mentalement rigides et qu'elles ont trop d'engagement dans des buts qui ne marchent pas, ce qui a poussé leur corps à contre-balancer cet engagement qui ne mène à rien en activant les freins internes au maximum.

Heureux les simples d'esprit

On retrouve le même problème avec les idéaux, la moralité et dans une certaine mesure l'intelligence.

Certaines personnes sont juste trop bêtes pour réaliser qu'il y a des problèmes dans le monde, et que certaines choses sont complètement insensées, que le monde n'avance pas dans la bonne direction, etc et par conséquent ces problèmes n'activent jamais le système de baisse de l'humeur (qui je le rappelle se déclenche quand on a l'impression de ne pas avancer dans la bonne direction).

Elles peuvent faire des choses inensées toute leur vie sans se rendre compte que c'est insensé.

De la même manière certaines personnes n'en ont rien à faire du sort du monde, ils acceptent sans peine les problèmes qui ne les concernent pas, et donc leurs freins ne s'activent jamais quand le monde va mal.

À l'inverse certaines personnes sont fondamentalement des idéalistes.

Elles n'arrivent pas à se dire qu'on peut laisser le monde aller dans la mauvaise direction,

pour elles le monde peut être tellement meilleur que ce qu'il est,

et elles n'arriveront jamais à accepter des standards aussi bas.

Et par conséquent elles vont se faire ronger de l'intérieur par le décalage entre leurs aspirations et le fait que les choses ne changent pas vraiment.

Elles visent trop haut et leur esprit n'arrive pas en vouloir moins de la vie, il n'arrive pas à changer pour des buts plus accessibles.

Le problème d'en vouloir trop trop vite

C'est au passage la même raison pour laquelle les perfectionnistes et les pressés tendent à être névrosés.

Leurs standards sont trop durs à atteindre.

Beaucoup de personnes se sabotent de l'intérieur et se rendent misérables en suivant les standards irréalistes et superficiels de notre société (il faut toujours être le plus beau possible, toujours être heureux, gagner plein d'argent, avoir des milliers et des milliers de vues et de likes sur les réseaux sociaux, réussir le plus rapidement possible, etc).

J'en détaillais un exemple dans l'épisode 183 et 184.

Ça peut en devenir ridicule à quel point on peut se rendre misérable pour des bêtises,

ce qui est pourquoi c'est crucial de bien comprendre tous ces mécanismes psychologiques.

Le paradoxe clé à comprendre étant que rechercher plus nous fait avoir moins, cela nous fait constamment être déçu, constamment être en manque.

Bloqué dans une impasse

Un autre exemple classique de dépression liée à un engagement excessif et à une rigidité de l'esprit qui refuse de se désengager : l'amour impossible.

On est des milliards sur Terre mais notre esprit peut avoir la fâcheuse tendance de rester bloqué sur une personne avec laquelle ça ne marche pas.

Et s'il reste bloqué pendant des années comme ça, la dépression est quasi-inéluctable.

Gérer ses attentes = gérer son humeur

Ce n'est pas un hasard que je valorise le minimalisme, la patience, l'indépendance et la focalisation sur le processus.

Ce sont des valeurs clés pour éviter de déclencher les pièges associés aux mécanismes de baisse de l'humeur, en particulier quand on a de grandes visions pour sa vie.

Notez au passage que la persévérance n'est pas la patience.

Puisque la persévérance est justement un déclencheur potentiel de dépression,

alors que la patience sert justement à apporter la paix et la relaxation intérieure.

La différence entre la persévérance et la patience est l'attitude intérieure.

La persévérance implique une forme d'acharnement et d'attachement.

Alors que la patience implique un certain détachement.

Avec la patience il y a une partie de toi qui considère que c'est gagné d'avance, qu'il faut juste faire le chemin et ça va arriver.

Autrement dit avec la patience tu es dans un certain état d'esprit d'abondance.

Alors qu'avec la persévérance tu cherches à réussir et à prouver que tu vas réussir.

Tu es en quelque sorte motivé par le manque, l'incertitude et le besoin d'obtenir ce que tu n'as pas.

Ce qui est pourquoi tu risques d'activer les mécanismes de freinage par la baisse d'humeur quand ça mettra du temps à se réaliser.

Être persévérant sans être patient peut finir par vous tuer de l'intérieur et vous empêcher d'atteindre ce que vous voulez.

Plus il y a d'incertitude durable (ou plus la certitude va dans le mauvais sens), plus les freins s'enclenchent.

...

La mauvaise persévérance

Comme je l'expliquais dans le dernier article,

la plupart des personnes dépressives sont persévérantes, elles sont attachées à une mauvaise carte de ce qui les rend heureux.

Elles sont attachées à une carte du monde et de la vie qui ne marche pas.

Et elles n'arrivent pas à s'en détacher.

Leur esprit n'est pas mou, il est rigide.

Leur esprit n'est pas faible, il est fort, il est persévérant, mais de la mauvaise manière.

Il est hyper engagé dans les mauvaises voies et refuse de se désengager.

...

Bien sûr il y a plein d'autres facteurs liés à la dépression,

(et on en reparlera de ces autres facteurs)

mais j'insiste sur celui-ci car pour moi c'est vraiment celui duquel tous les autres découlent,

et c'est celui qui échappe à la plupart des gens.

...

Par exemple un autre facteur de dépression c'est le manque de relations sociales.

Et pourquoi beaucoup de personnes sont en dépression à cause de ça ?

Eh bien parce qu'elles refusent d'admettre que c'est important et qu'elles en ont besoin.

En premier lieu elles sont attachées à une mauvaise carte,

elles se voient comme une personne autonome, qui n'a pas besoin des autres, qui peut être heureuse dans son coin, etc

Elles sont orgueilleuses.

Et si vous y réfléchissez vous verrez que la plupart des facteurs de dépressions sont liés à ça.

Par exemple on sait que la dépression est en partie liée à l'inflammation du corps, et que l'inflammation du corps est liée à ce qu'on mange.

Mais beaucoup de personnes n'accepteront jamais de changer d'alimentation et de ne plus manger leurs plats favoris, alors même que c'est pour leur plus grand mal.

Ce qui est pourquoi pour sortir de la dépression il faut avant tout dégager de son propre chemin.

Il faut lâcher son Ego.

Dépression = bon signe ?

Bref pour terminer je dirais juste que du coup la dépression peut en fait être un bon signe.

Ça peut être non pas le signe d'un mental faible, mais d'un mental très fort, d'un mental qui en veut tellement qu'il se fait du mal.

Le signe d'un mental ambitieux, un mental inébranlable, un mental qui a des grands idéaux et qui ne pliera jamais pour les réaliser.

Un mental persévérant qui ne tolère pas que sa situation et la situation du monde soit aussi basse, un mental qui n'accepte pas les problèmes.

Un mental d'une personne qui réalise que certaines choses n'ont aucun sens et doivent être changées.

Un mental de personne qui se soucie de choses plus grandes que lui.

Mais du coup un mental qui a sacrément besoin d'être travaillé pour ne pas que sa force se retourne contre lui-même.

Si vous vous reconnaissez dans ce genre de traits, le développement personnel est pour vous essentiel pour ne pas vous ruiner de l'intérieur !

Les idéalistes névrosés sont hélas monnaie courante, et on ne peut pas réaliser des idéaux quand on est dans un état émotionnel aussi torturé et instable.

C'est pourquoi quand on est un idéaliste il est essentiel de ne pas rester au stade Vert, mais se développer vers les stades Jaune et Turquoise du modèle des dynamiques en spirale.

Arriver au stade Turquoise est la clé pour rester idéaliste et vouloir changer les choses, mais en même temps accepter que le monde est parfait tel qu'il est (étant donné toutes les contraintes passées et présentes) et donc désamorcer tous les mécanismes de défense interne et avoir la paix intérieure sur son chemin.

La clé à réaliser c'est qu'en développant un niveau de conscience supérieur à la normale, vous serez probablement plus déprimé, névrosé et triste que la normale.

Mais en continuant à développer votre conscience ça va s'inverser.

L'évolution n'est pas linéaire.

Recontextualisation

Les premières gorgées du verre de la clairvoyance ferront de toi un pessimiste cynique et dépressif.

À ce stade tu regretteras probablement d'avoir goutté à ce verre et de ne plus être dans la béatitude de l'ignorance.

Ces gorgées te laisseront un arrière-goût très amer.

Ta vie toute entière semblera fondée sur des illusions, des mensonges, etc, plus rien n'aura vraiment de sens.

Mais quand tu seras arrivé à la fin du verre, tu réaliseras que tu n'avais jamais goûté à la vie en premier lieu.


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