Le 17/08/2021

Pourquoi les gens deviennent soudainement complotistes ?

Pourquoi les gens deviennent soudainement complotistes ?
On va tenter de comprendre les facteurs qui expliquent pourquoi il y a une résurgence de théories conspirationnistes, et surtout pourquoi certaines personnes se sont soudainement mises à graviter autour de ces théories, à la surprise de leur entourage.

​​​​​​​Le complotisme est dans l'air du temps. Et l'ironie c'est que face à l'actuelle épidémie de conspirations, un esprit conspirationniste devrait en être suspicieux. C'est quand même étrange, pourquoi tout à coup les complots sont un sujet de discussion aussi commun ? Pourquoi des gens qui n'étaient auparavant pas intéressés par cela le sont-ils devenus ? Pourquoi beaucoup de commentaires conspirationnistes sur Internet se ressemblent énormément, comme s'ils venaient du même cerveau ? Bizarre, bizarre... Ça ne cache pas quelque chose ?  Il n'y a pas quelque chose qui cloche ? Se pourrait-il qu'il existe un complot pour nous manipuler à penser complot et nous transformer en drones conspirationnistes ?!

Il y a probablement un grand nombre de facteurs qui expliquent pourquoi un esprit gravite autour des théories conspirationnistes. Dans cet article on ne va pas s'intéresser à tous les facteurs, mais on va essayer de comprendre certains facteurs qui expliquent pourquoi dans le contexte actuel il y a une résurgence de théories conspirationnistes, et surtout pourquoi certaines personnes se sont soudainement mises à graviter autour de ces théories, souvent à la surprise de leur entourage.


Homéostasie rapide et économique du sentiment de contrôle

L'homéostasie renvoie à l'idée qu'un organisme maintient ses variables intérieures (par exemple la température) indépendamment des fluctuations extérieures. Dit plus simplement, cela veut dire qu'un organisme cherche à retourner à l'équilibre quand il y a un déséquilibre, et ce en altérant son fonctionnement interne et ses stratégies comportementales.

Une grande part de l'homéostasie passe par la prédiction. Si on se sent en contrôle de notre situation existentielle (au sens large), s'il n'y a pas de conflits, de suspense et d'incertitude dans notre vie et dans les informations qui nous arrivent de l'environnement vis-à-vis de nos modèles prédictifs internes, si on arrive à bien expliquer ce qui se passe, etc, alors tout va bien : on reste naturellement à l'équilibre et le fonctionnement de notre cerveau n'est pas modifié.

En revanche, si on sent que l'on perd du contrôle sur notre situation existentielle, s'il y a des conflits, du suspense et de l'incertitude dans les informations qui nous arrivent de l'environnement vis-à-vis de nos modèles prédictifs internes, si on n'arrive pas à bien expliquer ce qui se passe, alors alerte, alerte ! On entre dans un déséquilibre et le fonctionnement de notre cerveau va être modifié afin de retrouver un équilibre.

Si cet état d'incertitude et d'alerte se prolonge, on va rentrer dans ce qu'on pourrait appeler une anxiété existentielle : on va avoir le sentiment de ne plus avoir une bonne emprise sur la réalité, on va avoir le sentiment qui si cela continue comme ça on va complètement perdre cette emprise, comme si le sol en dessous de nos pieds pouvait se dérober à tout moment. Tout paraîtra "surréel", comme un mauvais rêve, et le fait que le mal soit si nébuleux va nous mettre dans une crainte généralisée.

Pour éviter d'en arriver là, notre cerveau va donc changer son fonctionnement : il va nous pousser à extrapoler notre recherche et notre création de sens afin de faire redescendre l'incertitude à un niveau normal et retrouver un sentiment de contrôle (et le bien-être intérieur qui va avec).

Extrapoler notre recherche de sens signifie que nous allons passer beaucoup plus de temps à rechercher les dernières informations (notamment sur Internet), rechercher des avis d'experts (ou prétendus experts) sur la situation, etc, pour retrouver un semblant d'emprise sur la réalité.

Extrapoler notre création de sens signifie que nous allons nous-mêmes envisager des connexions plus souples et plus “cachées” que ce que nous recherchons par défaut, pour retrouver une emprise et arriver à une explication (voir travaux de Jennifer Whitson, 2008).

Grosso-modo ce qu'on cherche à faire : trouver dans cette incertitude nébuleuse, ce qui pourrait nous tuer, et ce qui pourrait nous sauver.

Le problème, c'est que la stratégie la plus économique pour retrouver rapidement l'équilibre, c'est en quelque sorte de se voiler la face et de créer un faux-semblant de certitude.

Plutôt que patienter et déchiffrer l'ambiguïté des inconnues extérieures pour accommoder nos modèles prédictifs intérieurs, on peut directement accommoder nos modèles prédictifs internes pour tout expliquer d'un coup des informations extérieures, et ainsi "panser" le saignement psychique et la détresse existentielle. Autrement dit on peut aller à l’encontre du crédo des zététiciens (défenseurs de l’art du doute et de la pensée rationnelle), à savoir de suspendre son jugement avant d’avoir plus d’informations. Ce que les zététiciens ne réalisent pas c’est que suspendre son jugement, c’est garder le suspense. Et pour beaucoup d’esprits, garder le suspense, c’est garder un stress inconfortable. Ce n’est pas acceptable d’un point de vue homéostatique. D’une manière ou d’une autre, ce stress doit être diminué. Et dans un contexte de tension où les moyens typiques de déstresser ont été réduits (confinement), chaque moyen de déstresser qui reste devient tout de suite plus évident et séduisant que d’habitude. Continuer à suspendre son jugement devient un luxe que certaines personnes ne peuvent plus se permettre (surtout pour les personnes qui accumulent déjà les incertitudes dans leur vie personnelle).

En effet, à partir du moment où on identifie un ennemi responsable contre lequel se battre, à partir du moment où on identifie un potentiel sauveur, même si tout ça est illusoire, la pression se relâche un peu, le mal n’est plus nébuleux : cela nous remet en contrôle. Cela affirme notre existence et nous place dans le camp du bien contre le mal, ce qui permet de boucher la fuite de stress et ré-équilibrer la balance interne.

Et donc, face à l'incertitude nébuleuse et prolongée d'une situation comme cette crise du covid 19, les théories conspirationnistes font office de pansement rapide et économique pour arrêter l'hémorragie psychique et donner un sentiment de certitude quasi-inébranlable qui va prévenir d’autres crises d’incertitude. Le problème de fond n’est donc pas tellement que les gens n’ont pas d’éducation rationnelle pour suspendre leur jugement et faire preuve d’analyse face aux croyances conspirationnistes (approche zététique), mais qu’ils n’ont pas d’éducation émotionnelle pour apaiser leur stress en conditions d’incertitude (et d’isolation), et donc pour ne pas être attirés par le pouvoir thérapeutique immédiat des théories conspirationnistes. Quand on n’a pas d’outils préalables et qu’il s’agit d’improviser rapidement une gestion émotionnelle face à l’incertitude, les théories conspirationnistes sont un moyen efficace de se soulager. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’enseignement d’une éducation émotionnelle proactive (e.g., méditation) est à prendre au sérieux.

Comme on le verra plus tard, ce n’est pas un hasard que les personnes qui sombrent dans le complotisme tendent à avoir un terrain précaire et fragilisé.

Tu as moins de chances de sombrer dans le complotisme (ou tout du moins le complotisme extrême) quand tout va bien dans ta vie personnelle et que ton organisme ne cherche pas désespérément des moyens de trouver un équilibre.


Après le sérum de vérité, le cocktail de conspiration

Le truc c'est que de la même manière qu'un individu subissant un interrogatoire ne va pas directement révéler la vérité contre son gré sans qu'on lui ingère un sérum de vérité,

un individu un minimum rationnel ne va pas accepter naturellement des connexions conspirationnistes extravagantes : il y a un cercle vicieux au niveau chimique qui va progressivement le mener à ça.

Comme nous l'avons vu, notre système de détection de menace (amygdale) étant en alerte, nous sommes poussés à faire des recherches. Étant donné la richesse d'Internet, ces recherches nous mènent inévitablement à des tas d'informations (ou de désinformations), et à chaque nouvelle (dés)information trouvée, de la dopamine se libère dans notre cerveau (la dopamine étant entre autres la molécule de la récompense et de l'addiction). Étant donné le fonctionnement de la dopamine et des algorithmes de suggestions de contenus sur Internet, on peut rester longtemps dans cette boucle de recherche -> récompense.

Le problème avec la dopamine c'est que quand sa concentration augmente, elle nous met dans un état d'apophénie. L'apophénie est un état d'altération de la perception qui nous conduit à attribuer un sens particulier à des événements banals en établissant des rapports non motivés entre les choses. Dans cet état, tout va nous paraître avoir été préparé pour nous : pour tester si on remarque ces bizarreries, etc. L'apophénie est caractéristique du début de la schizophrénie. Et au passage la schizophrénie est caractérisée par une dominance de l’hémisphère cérébral gauche sur l’hémisphère droit. L’hémisphère gauche étant l’hémisphère spécialisé dans le domaine de l’artificiel (c’est à dire ce qui est crée par l’homme, “mécanique”, les machines, les outils, les plans, les buts, etc). À partir de là il n’est pas étonnant de retrouver dans le complotisme une application abusive et mal appropriée du mode de perception de l’hémisphère gauche : tout est suspecté d’être artificiel et donc créé (intentionnellement) par l’homme (ou une intelligence anthropomorphique). Même la Lune peut être suspectée d’être artificielle ! (Pour plus d’informations sérieuses sur les hémisphères cérébraux, lire “The Master and his Emissary” de Iain Mcgilchrist).

Bref, ajoutons à l'équation l'effet de l'ocytocine, l'hormone de la sécurité sociale. En effet, étant donné le confinement, la distanciation sociale, l'absence de contact, la suppression des activités sociales, etc, le niveau moyen d'ocytocine dans la population est probablement au plus bas. Un niveau bas d'ocytocine nous rend plus méfiant, plus suspicieux et paranoïaque.

Voilà grosso-modo comment une personne "normale" peut soudainement se mettre à "résonner" avec les théories conspirationnistes : nos émotions "manipulent" notre perception, et la situation actuelle et sa prolongation nous stabilise dans un certain état émotionnel.

Pour plus d’informations sur les interactions entre les perturbations de l’amygdale, de la dopamine et de l’ocytocine, voir : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3160224/


Cognition enracinée

Le principe qu'il faut bien comprendre c'est que la cognition de haut-niveau (narrative) ne se fait pas dans les nuages et sans liens avec notre biologie, elle est enracinée dans le corps, dans le système nerveux et toute la chimie qui va avec. Ce qui veut dire que la narration peut agir comme un médicament ou comme un poison, et que lorsque le milieu interne a trouvé un équilibre la fermeture d'esprit peut agir comme une protection anti-stress.

Pour la faire très simple, à chaque fois que des histoires ou des informations confirment notre vision du monde, à chaque fois que des histoires ou des informations confirment nos théories sur la vie, eh bien cela libère une dose de neurotransmetteurs procurant du bien-être dans notre système nerveux. Dopamine et compagnie. Autrement dit, les êtres humains ont naturellement tendance à être addict à leur vision du monde, parce que renforcer leur vision du monde, cela les fait se sentir bien, cela les fait se sentir en sécurité, cela leur donne une dose de drogue naturelle. C’est un peu comme de voir sa famille et ses amis proches, mais de manière symbolique.

Inversement qu'est-ce qui se passe quand on entend des informations ou des histoires qui sont en conflit avec notre vision du monde, ou tout du moins des histoires complexes qu'on a du mal à comprendre ? Eh bien ça déclenche une réponse de stress, une alerte de sécurité. Le cortisol se libère dans notre organisme. On se sent mal, anxieux, stressé.

À partir de là c'est assez facile de comprendre pourquoi une fois l'équilibre "narrativochimique" retrouvé grâce aux théories conspirationnistes, l'esprit s'encapsule et se ferme pour préserver cet équilibre. Une fermeture d'esprit bien prononcée assure en effet de ne pas déclencher de nouveau la réponse de stress et permet d'avoir facilement un équilibre intérieur. Voyez ça comme une sorte de bouclier imperméable. C'est un bénéfice non négligeable pour tempérer les choses en situation de crise, et même au-delà.

Une trop grande ouverture d'esprit à l'inverse peut induire un stress chronique et en quelque sorte intoxiquer notre corps. Imaginez une personne qui douterait constamment de tout. Elle serait super anxieuse et vivrait dans une sorte d'effroi existentiel. Elle serait la définition même d'un esprit torturé et déséquilibré. Et son corps serait probablement stressé et bourré d'inflammations.

Ainsi, contrairement à ce qu'on pourrait penser le conspirationniste classique ne doute pas constamment de tout, au contraire : il suspecte systématiquement les mêmes boucs émissaires (l'État, les banques, les riches, les grandes entreprises, les élites, Big Pharma, les reptiliens...), et ce avec une ferveur inébranlable qui va à l'opposé du doute. Le conspirationniste classique est très loin de l'instabilité : il garde une position solide envers et contre toutes les évidences contradictoires.


Donc conspirationnistes = aveugles ?

J'anticipe déjà des gens qui se disent que je suis en train de faire passer le conspirationnisme pour des fausses alertes, relevant pratiquement de problèmes psychiatriques. Pas du tout. Notre cerveau est très mauvais pour percevoir et cibler précisément le mal, mais il est plutôt bon pour le sentir venir. Autrement dit, les conspirationnistes sont effectivement aveugles, mais leur “nez” fonctionne bien. Explications.

Ce n'est pas un hasard que quand notre système cognitif se met en alerte, il cherche des menaces. S'il a évolué ainsi, c'est qu'il y a eu dans l'histoire de la vie une forme de corrélation entre la perte de certitude et de stabilité d'une part, et la présence et l'émergence de menaces agentiques d'autre part.

Dit autrement quand l'entropie globale de la vie augmente, c'est à dire quand le chaos, le désordre et la déstructuration augmentent dans notre environnement, il y a au minimum des variations stratégiques qui s'en suivent, pour sortir du chaos et mener à un nouvel ordre (le confinement en est un exemple). Ces variations stratégiques peuvent être positives comme négatives (pour nous et de manière générale).

De la même manière, quand les choses commencent à bouger, il est probable que les cartes vont être redistribuées. Et quand les cartes sont redistribuées, il y a en toujours qui y gagnent et d'autres qui se font avoir.

Et donc d'un point de vue historique, quand l'entropie augmente, on a tout à fait raison d'être vigilant et suspicieux pour anticiper et voir venir les changements plutôt que de les subir. Si les cartes vont être redistribuées il faut s'assurer que l'on ne fasse pas partie de ceux qui vont se faire avoir. Il faut s'assurer que l'on fasse toujours partie de la bonne équipe, ou que si on n'en faisait pas partie, qu'on intègre une nouvelle équipe gagnante. Koh Lanta 101.

Dans cette optique, il est probable que certaines personnes profitent de l'augmentation de l'entropie (ou tout du moins de la distraction créée par l'entropie) pour servir leurs intérêts et leur situation.

L'hypothèse abstraite est bonne (et c'est pour ça qu'elle est ancrée dans l'intuition que nous confère notre ADN). Le souci du conspirationnisme, c'est que face à cette alerte, l'esprit conjure une hypothèse concrète qui est à l'ouest et complètement mythique et fantaisiste, et à laquelle il s’attache de manière irraisonnable.


Heuristiques trop sensibles

Pour comprendre ce problème, le plus simple est de prendre des mythes comme celui du monstre du Lockness ou encore du Yeti.

D'où viennent ces mythes ? Sont-ils complètement désancrés de la réalité ?

Non, ces mythes viennent de nos heuristiques de détection de prédateurs.

Les heuristiques, ce sont des sortes de règles générales qui sont plus souvent vraies que fausses. Afin de survivre, le cerveau de nos ancêtres a évolué des systèmes perceptifs qui présupposent que les prédateurs existent dans le monde et qu'il faut les détecter hyper rapidement quand ils se rapprochent. Quand quelque chose bouge ou fait du bruit, notamment dans l'ombre, il faut présupposer que c'est un prédateur. Même si c'est une fausse alerte. Il vaut mieux une fausse alerte que de manquer une vraie alerte.

Autrement dit à partir d'éléments indéfinis le cerveau anticipe et projette l'existence d'un prédateur. Ce qui peut nous faire avoir des hallucinations parce que notre cerveau va carrément projeter des patterns perceptifs correspondant aux prédateurs suspectés, mais aussi des patterns sensitifs (par exemple sentir une présence menaçante).

On entrevoit une partie suggérant un prédateur, et on infère un ensemble complet.

Par exemple, si on entrevoit un bout de corde dans l'herbe, on risque fortement de penser à un serpent avant de réaliser que ce n'est qu'une corde.

Ce fonctionnement abusif dans la détection des prédateurs était la meilleure chance que nos ancêtres avaient pour survivre (voir hypothèse de l’hyperactive agent detector).

Malgré les fausses alertes, ce fonctionnement était donc rationnel, car il ne fallait surtout pas supposer l'existence de prédateurs après en avoir rencontré, ce serait déjà trop tard.

Et donc le monstre du Loch Ness et le Yeti sont typiquement le genre de mythes qui peuvent émerger de telles heuristiques rationnelles de détection de prédateurs.

La détection (bien qu'étant une fausse alerte) est rationnelle, le mythe qui se construit par dessus ne l'est pas.

À ce propos il n'est pas étonnant que certaines théories conspirationnistes supposent des êtres mi-humains mi-reptiles (les reptiliens) et non des êtres mi-humains mi-chats : le concept de reptile ré-engage tout cet héritage cognitif associé au danger et à la menace. C'est facile d'avoir peur d'un reptile, contrairement à un chat. Notons également que cette "frankeinstanisation" de différentes menaces appartenant à des contextes différents pour former un tout, est assez typique du conspirationnisme.

Bien sûr ces heuristiques de détection de prédateurs sont hypersensibilisés quand notre certitude et notre contrôle de la situation diminuent. Ce qui est pourquoi les hallucinations augmentent radicalement dans les conditions associées à de l’insécurité, par exemple la nuit quand on est tout seul dehors. La nuit le manque de contrôle augmente, l’incertitude augmente, on sait qu’on est beaucoup plus vulnérable et que nos capacités de répondre convenablement sont grandement réduites, et donc logiquement le volume de nos heuristiques de détection de menaces est grandement augmenté. 

La peur et l'insécurité nous font projeter des hallucinations conceptuelles (on en revient à l'ocytocine et à la paranoïa). Particulièrement quand on est enfant. J’entends du bruit la nuit dans ma chambre, il y a sûrement un voleur ou une vilaine bête qui essaie de rentrer pour me manger les doigts de pieds. Il y a peut-être quelque chose sous le lit ou dans le placard, alors il vaut mieux vérifier avant de s’endormir.  Et re-vérifier encore et encore. Si je suis certain que ce bruit n'est pas causé par quelque chose de vivant, alors je peux dormir ; mais si j'ai le moindre doute alors il faut que j'identifie une source de ce bruit pour pouvoir dormir. Peut-être que sans me lever je vais finir par reconnaître la source de ce bruit comme étant la gouttière au-dessus de ma fenêtre qui tremble à cause du vent, et alors mon état d'alerte s'estompera.

Notez que l'on retrouve le schéma de la sortie et du retour à l'homéostasie. Quand le conspirationniste "reconnaît" et identifie une source qui explique les mouvements d'incertitude qu'il y a dans le monde (Big Pharma, les élites, etc, et le plan précis qu’ils sont en train d’orchestrer), il retrouve un équilibre interne. Oui il y a toujours une menace, mais au moins elle est identifiée et anticipée, on peut répondre et s'adapter à cette menace : on est en contrôle (les travaux de Jennifer Whitson sont clairs : c’est le sentiment de perte de contrôle qui maintient le déséquilibre interne, et non le sentiment qu’il y a une menace à laquelle on peut répondre).


De manière plus abstraite, nos cerveaux ont également évolué des heuristiques qui présupposent que les gens peuvent être mauvais et cupides, capables du pire, et qu'il faut se méfier d'eux, parce qu'ils peuvent nous faire des mauvais coups.

Et étant donné l'obsession conspirationniste pour "les élites", il est aussi très probable que nous avons en nous des heuristiques pour présupposer que dans le monde, les grands font ce qu'il faut pour rester les dominants des petits.

Et enfin comme nous l'avons vu toute à l'heure, des heuristiques pour présupposer que quand l'entropie augmente et que des mouvements se passent dans notre environnement, cela présage des changements, et notamment des changements négatifs dont il faut se méfier.


On retrouve d'autres heuristiques similaires impliqués dans les dynamiques conspirationnistes, à savoir les heuristiques de préservation de la certitude acquise.

Quand quelque chose fonctionne bien dans nos vies, cette heuristique de notre cerveau nous fait présupposer que tout changement est un risque inutile de perdre ce qu'on a.

Quand ces heuristiques sont trop sensibles cela mène à du conservatisme et à une opposition radicale au progressisme (aversion à la nouveauté, par exemple avec les vaccins à ARN messagers). Toute perspective d'évolution future sera fortement critiquée, indépendamment de sa nature. Tous les dangers et les catastrophes potentiels liés à cette évolution seront imaginés.  Les gens qui diabolisent et s'opposent radicalement à la 5g en ce moment sont typiquement des gens qui ont ces heuristiques trop sensibles (à moins qu’ils savent étayer techniquement un minimum du fonctionnement de cette technologie).


Beaucoup de conspirationnistes tendent à être conservateurs. Et cette réaction d'alerte face à l'incertitude permet de faire le lien entre les deux.

Évidemment ça ne veut pas dire que c'est en soi une mauvaise stratégie.

Les sociétés humaines modernes forment un écosystème, et pour que l'homéostasie de cet écosystème se maintienne, nous avons besoin de la bonne proportion de personnes ayant cette proclivité. Les personnes ayant cette sensibilité servent en effet un rôle et une fonction proactive de précaution pour la société, afin que la culture fasse des évolutions avec plus de conscience sur les conséquences et les intérêts que ça peut avoir. S'il n'y avait pas de gens comme ça (et qu’ils n’étaient pas résilients dans leur position) on foncerait tête baissée à faire des évolutions sans chercher à rendre de compte.


Une mauvaise économie émotionnelle

Il serait illusoire de croire que l'influence des émotions négatives dues au contexte de crise actuelle, ne vient pas s'additionner à un terrain émotionnel déjà fertile et amorcé. Peu importe l’époque, quand les gens se sentent mal à l'intérieur, c'est là qu'ils vont commencer à tomber dans toutes sortes de raisonnements et de croyances radicaux et révoltés à propos du monde. Ils deviennent susceptibles à ça.

Le besoin de révolte dans leur propre vie se répercute dans leur relation au monde. Parce que les émotions agissent comme des filtres. On n'absorbe pas les informations objectivement à travers nos sens, mais subjectivement à travers nos émotions : si on a beaucoup d'émotions négatives et peu d'émotions positives en nous, on va absorber beaucoup de négatif. Autrement dit, le mal-être interne des gens va corrompre leur perception du monde. L'intérieur va colorer l'extérieur, il va se projeter sur l'extérieur. Beaucoup de conspirationnistes extrêmes, ce sont des gens qui vont mal. Ils ne se sentent pas bien émotionnellement dans leur vie et dans ce monde, ils sont paranoïaques, ils n'ont confiance en personne, ils ont beaucoup de ressentiment et de conflit en eux, il n'y a rien dans leur vie pour les ancrer dans un sentiment de sécurité.

Et donc pour les raisons explicitées en début d'article, ils gravitent naturellement autour des conspirations, ils résonnent bien avec d'un point de vue "valeurgique". Certaines personnes médicamentent leur homéostasie grâce à ça depuis très très longtemps (étant donné l'argument de la fermeture, ils n'ont aucune raison d'en sortir une fois rentrés dedans).

Et si on ne solutionne pas les problèmes émotionnels des gens, alors ça ne sert à rien d'essayer de régler les problèmes de croyances radicales et irrationnelles à propos du monde, qui ne sont au final que des symptômes de ce problème racine. Les gens vont toujours se diriger vers ce qui résonne avec leur milieu émotionnel interne. Ce n’est pas vraiment un problème de pensée rationnelle, c’est surtout un problème de gestion émotionnelle.

Ce qui est pourquoi dans une approche politique idéale, faire en sorte que les gens soient maîtres de leurs émotions et que leurs émotions soient ancrées dans des dynamiques saines est une priorité fondamentale, qui va solutionner en cascade tout un tas de problèmes qui se nourrissent et émergent de dérèglements émotionnels.

Dans une société idéale, on ne laisse pas les gens sans éducation, isolés, perdus et frustrés sur le plan émotionnel, comme si ce n'était pas si important. Parce qu'on sait que le mal-être interne caché et accumulé à l'intérieur, c'est de l'engrais pour toutes sortes de dérives globales. On sait que les dérives globales se nourrissent de cette énergie négative qui a besoin de s'ancrer sur quelque chose dans le monde. On sait que les mouvements radicaux existent grâce à ça et que des personnes tout à fait normales, progressivement mises dans des conditions internes négatives, vont être comme possédées et naturellement graviter autour de ça. On sait que les manques, la solitude et la déconnexion catalysent le radicalisme irrationnel, la haine, la colère,  la révolte, etc. On sait que les gens qui ne sont pas ancrés sur des relations saines avec les autres vont naturellement devenir anti-sociaux et s'ancrer sur des choses toxiques, parce que leur énergie étant désancrée, elle va fuir ailleurs. On sait que l'économie émotionnelle de notre société est plus importante que l'économie des produits et des services. Régler les problèmes émotionnels des gens n'est pas juste à propos de leur petite vie. C'est à propos de régler les problèmes du monde et d'empêcher les dérives.

Symptôme de problèmes plus larges

L'explosion actuelle du conspirationnisme c'est donc aussi le signe de ça : beaucoup de gens allaient déjà mal depuis bien longtemps. L'épidémie de solitude n'est pas nouvelle, et déjà à l'époque Hannah Arendt défendait l'idée que la solitude de l'ère industrielle rend les gens susceptibles au mépris et à la fragmentation qui poussent les sociétés fonctionnelles à s'effondrer dans l'extrémisme et la violence.

Il y a également une crise du sens qui pré-existe et qui s'installe depuis plusieurs années, comme le souligne le professeur John Vervaeke de l’université de Toronto. Les gens sont de plus en plus sécularisés, très autodidactes et fragmentés dans la façon dont ils attribuent du sens au monde, dans la façon dont ils régulent leurs émotions, etc. Et ce n'est pas une tâche facile de construire ça tout seul : il faut être assez doué pour réussir à bien faire tout ça sainement en autodidacte. Beaucoup n'ont pas les capacités pour le faire proprement.

Durant l'histoire de l'humanité, la religion a servi un rôle écosystémique dans la régulation de la vie, de la communauté, de l'attribution de sens, des liens, des valeurs, du développement de la sagesse, etc. Nous avons grosso-modo coévolué avec la présence de ces systèmes. C'était manifestement une erreur irresponsable de penser qu'on pouvait s'en débarrasser complètement sans transition, et laisser les gens libres et livrés à eux-mêmes, sans remplacer certains des rôles fonctionnels des systèmes religieux par d'autres systèmes plus modernes. C’était une erreur de croire que tout allait bien se passer et qu’on n’allait pas voir de problèmes se développer. Se débarrasser de la religion n'est pas simplement une opération de l'appendicite (même si l'appendicite n'est finalement pas non plus qu'un vestige inutile).

Quand les gens se sentent perdus, quand les gens se sentent déconnectés de leur société, quand les gens n'ont aucune éducation pour apprendre à réguler leurs émotions et leur système nerveux (méditation), il n'est pas étonnant que quand leur terrain émotionnel est en alerte, et que toutes sortes d’heuristiques de défense s’activent en eux, ils se retrouvent complètement désemparés, à la merci d’idéologies irrationnelles. À défaut d’avoir une éducation pour ancrer et amortir sainement leur gestion et leur interprétation de l’incertitude, il n’est pas étonnant que pour retrouver un équilibre, ils gravitent naturellement vers les théories conspirationnistes, qui comme nous l'avons vu en début d'article, offrent un soulagement rapide et économique. Quand les gens improvisent en urgence leur gestion de l'incertitude, cela donne du conspirationnisme.


Un problème d'éducation, d'immaturité et de théorie de l'esprit

Les problèmes modernes sont incroyablement complexes et relèvent d'une approche systémique. C'est à dire d'une considération d'un problème comme un ensemble complexe d’interactions, de boucles, de régulations, etc, entre différents sous-systèmes, qui eux-mêmes font partie d'un écosystème plus grand qui essaie de s'auto-organiser. L'une des clés de l'approche systémique c'est de considérer le problème à travers différentes perspectives et à travers différents niveaux d'organisation qui sont tous interconnectés. Par exemple, considérer ce qui se passe au niveau social, au niveau biologique, au niveau chimique, au niveau historique, au niveau des contraintes évolutives, au niveau économique, au niveau entropique, etc. Et non considérer un seul niveau pour tout expliquer. Et enfin l'approche systémique met l'accent sur l'émergence d'un niveau d'organisation à un autre. L'émergence étant en gros l'idée qu'un composé dispose de propriétés et de comportements que ses composants n'ont pas. Ces propriétés et ces comportements de second ordre sont dits émergents.

De toute évidence cela demande des efforts de créer une théorie systémique des problèmes du monde. Ce n'est pas facilement accessible. Et puis c'est assez ennuyant. Rien que de lire cette définition de l'approche systémique a pu suffire à vous ennuyer ! En revanche, créer une théorie conspirationniste des problèmes, penser que tout a été manigancé et qu'on nous ment, ça a le mérite d'être à la fois simple, accessible et stimulant.

Plus tôt dans l'article je mentionnais qu'on était particulièrement susceptibles à la projection d'agentivité quand on est enfant, parce que notre cerveau est encore immature. Quand un jouet parle de manière relativement complexe, un enfant peut avoir l’impression qu’il est vivant. Et beaucoup d’enfants qui jouent aux jeux-vidéo croient que quand ils jouent contre l’ordinateur eh bien il y a quelqu’un quelque part dans le monde qui joue contre eux. C'est la marque d'une théorie de l'esprit qui n'est pas encore bien développée pour ne pas sur-projeter de l'agentivité.

La théorie de l'esprit, c'est à dire la capacité de se distancer de se son propre esprit pour prendre la perspective d'un autre esprit, de comprendre ses intentions, de représenter ce qu'on pense qu'il sait, ce qu'on pense qu'il sait qu'on sait, ce qu'on pense qu'il ne sait pas qu'on sait, etc, etc, etc, elle se développe assez tard chez l'être humain cette capacité.

Avant un certain âge, la théorie de l'esprit des enfants est très très limitée. Ils n'arrivent pas à bien séparer leur perspective de la perspective des autres, et à les traiter différemment. Ils pensent notamment que dès qu'ils savent quelque chose, alors tout le monde le sait aussi, comme s'il n'existait qu'un seul esprit partagé. Ils n'arrivent pas à bien réaliser que des gens peuvent ne pas savoir des choses qu'ils savent. Parce que rien que d'arriver à faire ça, ça demande de prendre de la distance sur sa propre perspective.

Arrivé à un stade de développement intermédiaire de la théorie de l'esprit, on comprend que les esprits sont séparés les uns des autres, et donc indirectement on comprend le mensonge : la capacité de cacher volontairement des informations aux autres esprits et de leur divulguer de la désinformation. Et plus important, on comprend la possibilité du mensonge par les autres esprits. À partir de là, la théorie que l'on nous ment devient donc une possibilité pour gérer l'augmentation d'incertitude : s'il y a des gaps entre ce que je sais, ce qu'on me dit, et l'augmentation de l'incertitude que je ressens vis-à-vis de ce qui se passe, alors c'est peut-être qu'on me ment, qu’on est de mauvaise foi avec moi, etc.

Je suspecte que les personnes qui voient des complots un peu partout, c'est en partie dû à leur capacité de théorie de l'esprit qui n'a jamais pu atteindre un niveau suffisamment avancé, et qui est restée bloquée à ce stade de la projection naïve que le monde lui ment comme meilleure option pour gérer l'augmentation d'incertitude. Une capacité de théorie de l'esprit qui n'est pas assez avancée pour faire la part des choses entre leur perspective et la perspective des autres, et pour se représenter de manière objective la perspective de chacun sans parasiter avec des projections et des fausses croyances. Et quand on y réfléchit ce n'est pas étonnant que ce soit fréquent, parce que que parvenir à bien représenter l'esprit de plein de personnes différentes dans notre esprit, et s'y retrouver à travers le temps sans faire de mélanges et de mauvaises inférences, ça demande énormément de ressources mentales.

La généralisation de l'explication du mensonge (et sa dérivée, l’explication de la complicité du mensonge) pour expliquer l'incertitude et les conflits, est donc probablement liée à un stade de développement intermédiaire de la théorie de l'esprit. À ce stade, si une personne va contre nos croyances à propos du monde, alors c’est qu’elle est manifestement de mèche dans le mensonge, qu’elle a été achetée, etc. Si une personne ne veut pas accepter nos arguments, alors c’est qu’elle est manifestement malhonnête.


Dieu et le pouvoir de l'univers

On peut étendre l'argument du développement cognitif au-delà de la théorie de l'esprit. On sait que le développement cognitif en stades se poursuit chez l'adulte (voir modèle Susan Cook-Greuteur et modèle Spiral Dynamics).

À un certain stade développemental (Bleu dans Spiral Dynamics, 3 et 4 dans Cook-Greuter), l'esprit a besoin d’attribuer du contrôle personnifié à toutes sortes de choses pour les comprendre, ce qui permet  d'expliquer les théories du complot, de la même manière que cela explique les théories religieuses créationnistes (comme quoi un Dieu intelligent a créé le monde). Et qui explique pourquoi ce genre d’idées sortent souvent de l’esprit de personnes qui ne réfléchissent pas plus que ça dans leur vie (au delà du niveau narratif), de personnes qui sont un peu comme des enfants, des personnes qui ont des difficultés à sortir des codes humains et raisonner de manière plus abstraite, étant donné que la pensée rationnelle se débloque au stade suivant (Orange dans Spiral Dynamics). Bien sûr il y a des exceptions, mais la grande majorité sont dans ce cas. En fait, le conspirationnisme fonctionne un peu comme une sorte de doctrine religieuse moderne. Les êtres humains au stade Bleu ont besoin de croire et ils ont besoin ou tout du moins tendance à attribuer du contrôle personnifié aux événements, à la création, au développement, etc. Parce qu'ils comprennent le monde comme ils se comprennent eux, c'est-à-dire avec de l'Ego, de l’intentionnalité et de l'agentivité dans l'équation (pour plus d’infos). C’est d’ailleurs pour ça que dans les cercles conspirationnistes on trouve souvent un rejet radical de la théorie de l’évolution : pour un esprit au stade Bleu, cette théorie ne fait aucun sens, sa structure n’est pas acceptée. On entend d’ailleurs souvent dans les cercles conspirationnistes une variante de l’argument créationniste : s’il y a un design, alors il y a forcément un designer. L’idée d’un design sans designer est à ce stade inconcevable. On en revient aussi aux limites de la théorie de l'esprit qui ici n'est pas encore bien développée pour discriminer les phénomènes derrière lesquels se cachent à leur source un esprit et les phénomènes derrière lesquels il n’y a pas d’esprit à leur source. Il n'y a pas si longtemps, Dieu remplissait le rôle de la force et de l'intelligence supérieure qui dirige et ordonne le monde de manière parfaitement planifiée. Mais avec la sécularisation du monde, ce rôle est devenu vacant. Et donc il y a eu un transfert. Parce que malgré la sécularisation, la structure des esprits au stade Bleu est incapable de passer de Dieu à rien du tout (ou de passer à une théorie qui fonctionne différemment). En conséquence, dans la conjoncture actuelle, le conspirationnisme est presque émergent. Les grands manitous qui font des plans pour contrôler et diriger le monde sont des sortes de figures imaginaires qui remplacent le rôle qu'avait Dieu avant (qui était également une figure imaginaire). C’est également la raison pour laquelle quand il y a un problème lié aux puissants de ce monde, ces puissants sont vus par ce stade comme des sortes de dieux calculateurs et tout puissants qui préparent un mauvais coup, et non comme des enfants irresponsables qui ne savent pas vraiment ce qu’ils font, et à qui on a donné trop de pouvoir.

On retrouve également à ce stade développemental une pleine activation de ce qu’on pourrait appeler la grammaire mentale "biblique" : l'ombre et la lumière, les purs et les impurs, les anges et les démons, les forces du mal et les forces du bien, ... ce qui est également un grand classique dans les théories conspirationnistes, qui s’accordent souvent avec l’occulte et la spiritualité. Crucialement, ces concepts ne sont pas interprétés de manière métaphorique à ce stade.

Et d’ailleurs en parlant de spiritualité, un autre lien peut être fait entre le stade "animiste" (stade Violet dans Spiral Dynamics, stade 2/3 chez Cook-Greuteur) et le conspirationnisme, d'où le terme "conspiritualité" (Charlotte Ward, 2011). L'adjectif animiste renvoie à l'idée que tout (les animaux, les objets, le vent, la nature, l'univers, etc) est imbu d'esprit. L'animisme est très lié à la fois à la spiritualité tribale/chamanique, mais aussi à la spiritualité "New Age" moderne (loi d'attraction de la pensée, etc).

Là où le stade pré-rationnel Bleu (dont on vient de parler précédemment) a une conception très cloisonnée des esprits, dans laquelle l’individu est affirmé en tant qu’entité indépendante, dans laquelle Dieu existe mais est une entité complètement séparée de nous, etc ; eh bien dans le stade animiste Violet l’individu n’est pas séparé du tout, il est fondu dans le tout. Les limites entre les esprits sont très floues. Et il n’est pas aberrant de se voir comme profondément connecté à Dieu, ou plutôt l’Univers. En fait, ce qui caractérise l'animisme c'est l'interconnexion des esprits, et notamment l'interconnexion de notre esprit avec l'esprit de l'Univers. D'où la fameuse loi d'attraction de la pensée : l'Univers tout puissant, auquel nous sommes connectés, va conspirer pour nous aider à manifester la réalité associée à nos pensées. Le problème c'est que si un esprit croit à une conspiration positive, c'est à dire que si l'esprit croit qu'il est connecté à l'Univers par des forces invisibles, que l'Univers contrôle tout et conspire pour manifester sa réalité, attirer les bonnes personnes à lui, etc, eh bien il va aussi avoir l'échafaudage mental pour croire aux conspirations négatives. C'est à dire croire que des évènements qui se passent à travers le monde sont connectés ensemble, et qu'il y a une force supérieure qui contrôle tout et conspire pour manifester une réalité (négative). Le schéma est très similaire, des liens imaginaires sont projetés, seule la valence bascule.

Ce qui est typique de ce stade de pensée c'est également l'idée qu'une nouvelle ère est en préparation, que son déploiement est imminent. En période de "non-crise", cette nouvelle ère vient en version positive, par exemple le grand éveil des consciences. Mais en période de crise, elle vient en version négative, par exemple le grand reset (qui est l'objet du récent "documentaire" conspirationniste Hold-Up). Ce sont les deux faces de la même pièce.

Pour les anglophones je conseille de consulter l'article medium de Jules Evans pour approfondir sur cette étrange idée de la conspiritualité, et notamment sur son historique et les liens avec l’occulte.

https://julesevans.medium.com/conspirituality-the-overlap-between-the-new-age-and-conspiracy-beliefs-c0305eb92185


Que faire face à un conspirationniste ?

Pour moi il n'y a aucun doute : la plupart des théories conspirationnistes sont indéniablement fumeuses et corrompues par différents biais cognitifs. Mais encore une fois l'intuition ayant alimenté ces théories ne l'est pas nécessairement. J'irais jusqu'à dire que plus les gens d'une société développent des théories conspirationnistes, plus c'est un signe que les choses vont mal dans cette société, et plus il est probable que de réelles conspirations, sinon de la corruption vont se développer. Le problème étant encore une fois que l'esprit conspirationniste étant lui-même corrompu par les perturbations internes, il vise très mal, il est parasité par toutes sortes d’émotions et de projections qui vont probablement faire empirer les choses. Ce qui est pourquoi encore une fois, il est absurde d’essayer de débattre et de convaincre au niveau rationnel avec un conspirationniste avant de faire quelque chose pour régler le problème émotionnel. Vous avez plus de chance de faire changer d’avis un conspirationniste en l’emmenant faire du sport qu’en débattant avec lui sur ses idées, parce qu’au moins avec le sport vous allez changer son terrain émotionnel. La cognition est profondément ancrée dans le corps, si le corps comprend qu’il a une alternative pour gérer son homéostasie alors il va se détacher de la solution qui lui apportait son homéostasie (ici les théories conspirationnistes). Il est irréaliste (et peu empathique) de croire que l’organisme va se séparer sans résister de sa seule source d’homéostasie sans source alternative. Peu importe le sens logique et rationnel des arguments qu’on lui donnera pour abandonner ces théories, ça ne fera toujours aucun sens au niveau homéostatique de s’en séparer. Tous les enjeux des croyances ne sont pas sur le plan des croyances (cf. cognition enracinée). 

Débattre avec un conspirationniste, ou pire, critiquer ouvertement son processus de construction théorique, ne fera probablement que renforcer ses émotions négatives, émotions négatives qui étaient déjà en premier lieu l’un des facteurs racines pour lesquels il est conspirationniste. Personne n’aime qu’on lui montre directement que ce qu’il pense et produit est mauvais, personne n’aime être mis face à ce qui ne va pas chez lui. De bien des manières ça ne fait que renforcer cette opposition “nous versus eux” qui est aussi à la base du conspirationnisme. Une stratégie plus délicate à mettre en place est d’exploiter le positif plutôt que le négatif. D’exploiter la fascination et le plaisir que les conspirationnistes tirent de la découverte de toutes les façons dont les gens peuvent nous contrôler et nous manipuler, et de les transférer sur la découverte de toutes les façons dont notre esprit crée du sens, produit des idées et peut lui aussi nous manipuler et nous tromper. D’une certaine manière, c’est le point commun de tous les penseurs rationnels : ils ont une certaine fascination plus ou moins explicite pour les biais cognitifs (et pour l’épistémologie/étude de la connaissance), et la conséquence indirecte de cette fascination est une (meilleure) immunité au “bullshit”.

Corruption versus conspiration

[Pas encore terminé cette section]

Bref, bien que ces théories conspirationnistes pour expliquer les problèmes soient fortement douteuses étant donné le processus qui les produit, il reste important de se soucier des problèmes, et notamment les problèmes de corruption. Il reste important de garder du recul, de suspecter les informations qui nous sont données, et de ne pas croire naïvement que tout ce qu'on nous montre publiquement n'a pas été bien travaillé en amont par exemple. Je veux dire sans même parler de censure et de propagande, il est indiscutable qu'à notre époque il y a énormément d'efforts qui sont fait au niveau de la gestion de l'image, de la gestion des relations publiques, du filtrage du message communiqué et du message non communiqué, du filtrage et de l'adaptation de la vérité, de la préparation des porte-paroles, etc, et tout ce travail c'est une forme de manipulation de l'information. Ce n'est ni de la censure, ni de la propagande, ni de la désinformation mais ce sont des cousins plus softs de la censure, de la propagande et de la désinformation.

Se questionner sur ce que cache les événements, sur la version publique de l'histoire, sur les réelles intentions des gens, sur le pouvoir, sur la corruption, sur les malversations, sur les conflits d'intérêts, etc, n'implique pas automatiquement que l'on soit un illuminé ou un ahuri. Tout dépend d’où ça vient à l'intérieur, de la manière dont on s’y prend, du processus par lequel on génère nos théories. Il y a effectivement de très bonnes raisons de se méfier de nous (et pas juste des autres). La clé est d'avoir une approche systémique dans notre investigation et une approche constructive dans notre critique.

L’intérêt du terme corruption est d’éviter les côtés dramatiques et accusateurs “le monde va mal parce que les gens cherchent à nous nuire”, “le mal est orchestré”, “les gens ont de mauvaises intentions”, “les gens sont pourris”, etc, qui sont très associés au conspirationnisme/complotisme. Dans la perspective de la corruption on est plutôt dans le registre “le monde va mal parce qu’il y a des problèmes de corruption à différents niveaux, et cette corruption n’est pas forcément consciente”, “l’enfer est pavé de bonnes intentions”, “l’avarice nous fait faire des bêtises”, etc. Pour aller plus loin.

Parler des dynamiques d’auto-organisation stigmergiques (sociétés d’insectes) qui sont confondues avec de la conspiration organisée : https://fondation-magister.org/encore-plus-sournois-que-la-conspiration-stigmergie



L'autre épidémie

Section pas encore écrite mais dont le propos est de faire le parallèle entre l’épidémie du covid et l’épidémie de personnes qui ont viré dans le complotisme.

À ce niveau là aussi il y a de la contamination, des personnes à risques (personnes isolées et déjà dans une forme d’incertitude existentielle), et une nécessité de mettre en place des mesures pour protéger la population,des “gestes” barrières, etc.

Le rôle d’internet. Comme des stéroïdes pour la connerie.

Ce qui est assez triste c’est que beaucoup de gens vont eux-mêmes quotidiennement se nourrir des mêmes désinformations. Pas besoin de mettre en place de propagande quand les gens s’exposent eux-mêmes sélectivement aux mêmes sources de désinfos. Avec en bonus l’impression de “faire ses propres recherches”. Alors que c’est un lavage de cerveau quotidien. Un conditionnement.

J’ai souligné le mot “mêmes” car c’est un mot important. Je ne pense pas que la consommation de désinfo soit particulièrement nocive quand elle est contre-balancée par de la consommation d’informations différentes.

Le problème c’est quand il n’y a que ça. Ça mène à ce que j’appelle de la consanguinité idéologique.

En se concentrant sur quelque chose, on se radicalise naturellement.

La fermeture et la consanguinité créent la radicalisation.

Ce qu'il faut bien comprendre à ce niveau, c'est que notre esprit se reproduit d'un jour à l’autre.

Notre esprit d’hier combiné à nos interactions d’hier, ont donné naissance à notre esprit d’aujourd’hui.

Et notre esprit d’aujourd'hui combiné à nos interactions d’aujourd’hui, vont donner naissance à notre esprit de demain.

Du coup quand on enchaîne les jours, on développe une sorte de lignée d’esprits.

Comme dans la théorie de l’évolution.

Et selon la variété de ce qu’on ingère dans notre esprit jour après jour, le nouvel esprit qui en résulte est plus ou moins positif.

De la même manière que la consanguinité biologique crée des problèmes, la consanguinité idéologique crée elle aussi des problèmes.

La consanguinité biologique c’est quand des individus se reproduisent trop entre eux, sans se croiser avec des individus avec un matériel génétique plus éloigné.

C’est ce qui est plus justement appelé “inbreeding” en anglais.

Littéralement ça veut dire reproduction interne, entre des individus liés de manière proche.

En opposition à "outbreeding”, reproduction externe, entre des individus qui ne sont pas étroitement liés.

La consanguinité c’est donc le terme français pour parler de la reproduction interne.

Et la consanguinité, ça finit par donner naissance à tout un tas de problèmes, notamment des problèmes de retard mental, de malformations, etc.

Pour le dire cash, ça donne naissance à des individus stupides.

De manière métaphorique, la consanguinité idéologique, c’est quand un esprit se reproduit avec le même matiériel idéologique, sans se croiser avec des idées différentes.

Par extension une idéologie consanguine, c’est une idéologie dont les idées se reproduisent entre elles, en cercle fermé, pour laquelle il n’y a pas de pollinisation croisée avec des idées différentes.

Une idéologie qui ferme les esprits sur un cercle défini d’idées, une idéologie qui incite les esprits à ne pas se faire inséminer par d’autres idées variées, une idéologie qui incite les esprits à être xénophobiques vis-à-vis des idées externes.

Une idéologie qui fait en sorte que les esprits soient toujours inséminés par les mêmes idées.

L’esprit est alors nourri et entend à longueur de journées le même type d’informations.

Et comme pour la consanguinité biologique, ça donne naissance à des esprits stupides.

Ça rend les gens cons et entranchés dans leurs croyances.

Ce qui est pourquoi malgré leur assurance, vous ne devez pas vous fier au jugement des personnes qui sont enfoncées dans ce genre d’idéologie.

Après des générations de reproduction consanguine, leur esprit s’est progressivement paramétré pour renforcer leur lignée consanguine.

Leur esprit est maintenant trop biaisé pour voir les choses objectivement.

Ils ne peuvent plus le faire.

Ils sont poussés par leur esprit à voir les choses de manière complètement biaisée et à être idéologiquement xénophobes (c'est à dire fermés par défaut aux idées étrangères).

Même s’ils essayaient de ne plus l’être, ils auraient beaucoup de mal, parce qu’ils ont progressivement évolué pour être une espèce d’esprit qui n’a pas cette capacité.

Ce type de biais est avéré au niveau biologique, et il n'y a aucune raison de penser que ça n'existe pas du tout au niveau idéologique, au moins dans une moindre mesure.

...

Je pense que c'est notamment un gros problème qu’on retrouve dans les cercles complotistes.

Ça explique pourquoi certaines personnes deviennent des caricatures d’elles-mêmes avec le temps.

Je pense notamment à Dieudonné et Alain Soral.

Ils étaient beaucoup plus justes et fulgurants quand ils étaient plus jeunes.

On peut se dire que ce qui leur est arrivé, c'est l’effet de l’âge.

Mais je pense que c'est faux.

Je pense que c’est essentiellement l'effet de la consanguinité idéologique.

Quand ton esprit se reproduit d'un jour à l'autre avec les mêmes idées, il devient de plus en plus fermé et de plus en plus con.

Il perd en justesse, tous ses biais sont exagérés, parce qu'ils ne sont plus régulés, filtrés et contre-balancés par de la nutrition antagoniste.

Du coup ils se développent hors de contrôle.

Ils laissent passer des choses absurdes plutôt que de laisser passer seulement l’or.

Même principe quand une lignée d'individus se reproduisent entre eux, plus ça va plus les descendants ont des retards mentaux, des déformations, etc.

Parce que pour chaque gène de notre ADN, on a celui du père et celui de la mère.

Ce qu’on appelle les allèles.

Ce sont des versions sensiblement différentes du même gène, ce qu'on appelle aussi des mutations.

Les mutations peuvent être positives ou négatives.

Et pour vulgariser grossièrement, notre ADN s’arrange pour prendre le meilleur allèle.

Ce qui veut dire que si les individus se reproduisent de manière mélangée, les allèles qui sont les moins adaptatifs vis-à-vis de la réalité, ils vont être inutilisés.

Dans chaque individu où ils sont présents, ils vont être maintenus sous contrôle par l'autre allèle du même gène.

Le problème c’est que plus les individus se reproduisent entre eux, de manière consanguine, eh bien plus les individus qui vont naître de ces unions vont avoir deux fois le même allèle pour chaque gène.

Et donc si cet allèle est pas terrible, ben il sera utilisé quand même.

Il ne pourra plus être mis sous contrôle par l’autre allèle, vu que c’est le même.

Et donc plus ça va aller, plus les lignées consanguines vont conserver des mauvaises mutations.

Ce qui fait que leur adaptation globale va diminuer.

Il se passe globalement l'inverse quand les allèles sont croisées.

Au niveau des idées c'est pareil.

Si ton esprit ne se reproduit jamais avec des points de vue différents,

eh bien tu vas finir par garder des mauvais points de vue, qui sont en décalage avec la réalité.

Et donc progressivement tu vas devenir con avec l’âge.

Inversement, les personnes dont l'esprit se reproduit d'un jour à l'autre avec des idées variées, ils ont l’effet inverse avec l'âge. 

Ils deviennent de plus en plus sages et ouverts.

...

Après au fond c’est vraiment un problème très large et transversal.

Ça ne concerne pas juste certains cercles spécifiques.

C'est plutôt la situation par défaut je dirais.

Les gens et les idées qui sont à des stades développementaux différents ont tendance à ne pas se croiser et se mélanger, mais se reproduire entre eux.

Et c’est renforcé par les algorithmes sur Internet qui créent des chambre d’echo relatives à des besoins.

Et le gros danger de tout ça, c’est que ça se fait globalement à notre insu.

C'est une forme de corruption aveugle qui s’installe et à laquelle on participe sans vraiment le réaliser.

Pour en revenir à ce que je disais dans l’épisode 262 sur la corruption, ça relève plus de la stigmergie que de la conspiration.

Et ce genre de stigmergies on doit les prévenir, et non les nourrir.

Ce qui hélas est ce que la Red Pill fait, elle nourrit une corruption stigmergique.

Contrairement à ce que voudraient vous faire croire beaucoup de pro-Red Pill, la Red Pill n'est pas un chemin emprunté grâce à l'éveil et à la conscience.

Non, au contraire, la Red Pill est un chemin par défaut.

C'est très facile de faire marcher du contenu Red Pill, parce qu'il y a un gros besoin derrière.

Si vous analysez rapidement le contenu des chaînes Red Pill, vous verrez qu’en moyenne les vidéos centrées sur les femmes font deux fois plus de vues que les vidéos centrées l’amélioration de soi et compagnie.

Il y a une demande implicite pour ça, et cette demande implicite va pousser les créateurs de contenus Red Pill à “milker” et pomper encore et encore le contenu qui est demandé (parce qu'il marche mieux et donc rapporte plus).

Les créateurs vont satisfaire les besoins de leur clientèle pour satisfaire leurs besoins financiers à eux.

Et c'est ce genre de dynamiques à la con qui stabilisent des idéologies stigmergiques.

Parce que les gens ont beaucoup plus de chances de se faire exposer à des choses qui vont les engrainer.

Pour mieux comprendre le soucis.

Imagine que tu es complètement vierge et naïf politiquement parlant, et que que tu fais un stage prolongé dans un parti politique extrême, dans lequel des gens vont t’accueillir, te guider, t’expliquer les choses, etc.

Même si à la base tu étais complètement indifférent vis-à-vis d'eux, tu vas être exposé à certains arguments et vérités indéniables qui vont te convaincre de leur idéologie et te monter contre le camp adverse.

Mais ça, ça n’aurait jamais pu arriver avec du contraste.

C’est à dire que si tu avais été en parallèle exposé à des arguments et vérités indéniables de la part de l'autre camp, tu ne te serais jamais monté contre un camp ou l’autre.

C'est un peu le même délire avec la Red Pill.

La Red Pill lève le rideau de manière sélective, sur des endroits spécifiques de la réalité.

C'est un demi-éveil. Un éveil localisé.

Et ça a des effets pervers cette ouverture localisée, parce que c’est l'ombre d'une fermeture plus large.

Il n'y a rien de tel pour te monter contre quelque chose.

C'est exactement pareil pour la philosophie.

Si tu es vierge, naïf et indifférent vis-à-vis d'un débat, et que tu vas lire un livre dédié à une position de ce débat, tu vas très probablement en ressortir beaucoup beaucoup moins indifférent.

C'est d'ailleurs comme ça que la plupart des inclinations naissent.

Les personnes lisent un livre dans leur jeunesse, certains arguments (pas tous) font mouche, ils entrent dans une boucle de feedback et se retrouvent à défendre la position défendue par ce livre pendant toute leur vie parce que c'est celle qu'ils connaissent et dans laquelle ils sont encapsulés sans s’en rendre compte, ils se sont identifiés avec.

Et à partir de là ça devient difficile d'en sortir, il y a trop d’attachements.

Comme je vous le disais dans l'épisode 262, avec la stigmergie, on retrouve comme dans la conspiration cette idée que certaines forces gagnent à ce qu’un certain ordre systémique soit maintenu.

Mais tout se met en oeuvre par une sorte d'effet boule de neige qui devient hors de contrôle.

Tout se met en œuvre de manière implicite et décentralisée, à travers un large réseau de biais, de valeurs, d'interactions, d'associations, de dépendances et de contraintes locaux relativement subtils et peu reconnus, mais qui par accumulation et émergence servent globalement les intérêts d’un certain ordre.

La coordination est indirecte et non directe. Le contrôle est décentralisé, l’influence est locale (et se propage de local en local).

Le renforcement est involontaire.

Beaucoup d’idéologies se développent davantage à travers la stigmergie qu’à travers la conspiration.

Et d'une certaine manière c’est pire que si c’était l’inverse.

Au moins si c’était de la conspiration, toutes les dynamiques seraient mises en oeuvre de manière plus consciente et responsable.

Et non de manière globalement inconsciente et peu éduquée.

Et donc on pourrait agir plus facilement, il suffirait de “couper les têtes” qui créent ces dynamiques.

Alors que là ceux qui créent les dynamiques sont complètement inconscients, et donc impossibles à raisonner.

Ça se fait complètement à leur insu.

Si on les pointe du doigt ils vont se braquer parce qu'ils sont convaincus d’être dans le droit chemin, et donc ça va renforcer la stigmergie.

Contrairement à la conspiration, dans la stigmergie, les exécuteurs sont beaucoup plus inconscients de l’ordre systémique qu’ils maintiennent et des conséquences globales de leurs interactions.

Il y a un gros manque de perceptive “meta”.

C’est l’influence de l’environnement local combinée à leurs intérêts personnels qui les guident indirectement d’une manière globale.

Effet de foule.

Ce qui est pourquoi les pro-Red Pill se croient honnêtement être du côté de la vérité.

Ils sont trop occupés par leur fixation pour se rendre compte qu'ils sont biaisés.

Ils n'ont pas de recul "meta”.

Et cet aveuglement ça ne mène à rien de bon collectivement.

C'est juste bon pour le tribalisme “nous contre eux”.

Collectivement on a besoin d’être le plus conscient possible afin d’éviter que ce genre de stigmergies à la con se développent comme des parasites nuisibles.



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