Le 16/12/2020

Habitudes vs Routines : La grande confusion

Habitudes vs Routines : La grande confusion
On confond souvent les concepts d'habitudes et de routines, alors qu'ils sont opposés.

Bonjour et bienvenue,

c'est Bertrand de la Fondation MAGister,

l'École des Héros du Monde Réel.

Pour le troisième épisode de la série sur les habitudes.

L'un des trucs qui me dérange le plus avec le concept des habitudes, c'est que l'usage du concept est tellement confus, et j'ai l'impression que beaucoup de coachs dans le développement personnel jouent sur cette confusion.

La plupart des gens n'ont aucune idée précise de ce que c'est une habitude,

et le généralise pour tous les comportements réguliers y compris ceux pour lesquels ce n'est pas généralisable.

Habitudes = automatismes

L'intérêt de développer des habitudes c'est qu'on automatise des comportements, on les rend automatiques et involontaires.

C'est à dire qu'une fois l'habitude installée, ça nous demande peu voire pas de réflexion et d'efforts conscients et délibérés pour faire le comportement.

On fait l'habitude involontairement et inconsciemment, presque comme un réflexe.

Autrement dit une habitude ne demande pas de self-control, c'est une seconde nature.

...

Et donc là on se retrouve avec deux gros problèmes qui concernent le développement personnel.

Le premier problème c'est que certains comportements ne pourront jamais devenir des habitudes,

pour la simple et bonne raison que ces comportements dépendent de réflexion et d'efforts conscients et délibérés.

Ces comportements resteront à tout jamais des routines régulières.

C'est à dire des comportements que l'on répète fréquemment consciemment et volontairement, des comportements qu'on se pousse délibérement à faire.

...

Le deuxième problème c'est que justement la plupart des actions qui concernent le développement personnel demandent des efforts conscients et délibérés,

et donc ne peuvent pas devenir des habitudes.

Toute la littérature scientifique sur le développement d'expertise est articulée autour du principe de pratique délibérée qui est l'anti-thèse de l'habitude.

Le principe de la pratique délibérée est justement d'aller contre ses habitudes.

Toutes les habitudes démarrent sous forme de routines mais...

À partir du moment où tu te pousses délibérement et consciemment à faire quelque chose, ce n'est pas une habitude, c'est une routine.

Toutes les habitudes démarrent sous forme de routines.

Mais toutes les routines ne peuvent pas devenir des habitudes.

Je répète parce que c'est important, 

toutes les habitudes démarrent sous forme de routines.

Mais toutes les routines ne peuvent pas devenir des habitudes.

Pour la bonne raison que notre subconscient ne peut pas faire tout ce que le conscient peut faire.

Certaines routines nécessiteront toujours du travail conscient et délibéré.

Tu ne pourras pas y échapper.

Et si tu crois que tu pourras y échapper et qu'un jour ça sera automatisé, tu vis dans l'illusion.

...

Cela dit tu pourras faire certaines choses pour grandement faciliter l'exécution de ces routines et pour grandement augmenter la probabilité que tu fasses les efforts de faire ces routines.

Tout d'abord tu pourras te conditionner pour retirer une bonne partie de la résistance interne et créer de la motivation.

Ce qui ne veut pas dire transformer ces routines en habitudes.

Ça veut simplement dire se conditionner à accepter de faire les efforts jour après jour.

Autrement dit ce qui devient automatisé ce n'est pas la routine, mais la motivation de faire la routine encore et encore.

Contrairement à ce qu'on imagine les engrenages qui nous font maintenir les comportements sur la durée se situent bien plus au niveau de la motivation que des habitudes (et on verra pourquoi dans les épisodes suivants).

...

Ce que tu peux également automatiser c'est ce qui va entourer la routine.

À savoir le signal déclencheur et le signal de récompense.

Tu peux automatiser le fait que tu vas déclencher une routine après un signal déclencheur (exemple : méditer après le réveil).

Et tu peux automatiser le signal de récompense après avoir terminé la routine,

notamment en te fixant un but journalier à atteindre.

Cela dit soyons très clair le signal déclencheur n'est pas du tout, du tout magique.

Il va activer l'idée de la routine, mais pas forcément la routine en elle-même.

Et pour s'en convaincre c'est très simple.

Le réveil qui sonne le matin est un signal déclencheur pour se lever.

Et est-ce que ce signal enlève les efforts de se lever ?

Est-ce que ce signal assure que l'on va automatiquement se lever derrière ?

Globalement non, et non.

Si tu es fatigué et que tu n'as aucune raison particulière de devoir te lever,

tu vas probablement te rendormir.

Il y a plusieurs facteurs qui conditionnent l’exécution d’une routine, le signal déclencheur n’en est qu’un seul (le modèle Fogg résume trois facteurs : motivation à faire la routine, capacité à faire la routine et signal déclencheur, mais on peut aller plus en nuances).

Habitude ou routine ?

Par exemple concrètement, admettons que tu écris 2 pages tous les matins après t'être réveillé et préparé.

Est-ce que l'écriture en elle-même est une habitude ?

Non, c'est une routine, parce qu'à moins d'écrire exactement la même chose tous les jours,

tu vas forcément réfléchir et utiliser de la volonté pour écrire, ça ne sera pas automatique.

Même si tu ré-utilises des structures de phrases et de texte que tu as déjà enregistrées dans le passé.

Plus tu utilises de structures passées, moins ça consommera de volonté, mais tu ne peux pas faire que ré-utiliser des structures passées sans tourner en rond.

Un moment donné il faut réfléchir et créer du neuf.

...

Par contre le fait de se mettre à l'écriture tous les matins et arrêter après 2 pages ça il y a un peu d'habitudes là dedans.

Mais pas l'écriture en elle-même.

Autrement pour beaucoup de nos routines, c'est juste les enchaînements d'actions qui entourent la routine qui forment des habitudes automatiques, pas la routine en elle-même.

...

Quelque chose qui ressemble déjà plus à une habitude de A à Z, c'est de se brosser les dents tous les matins au réveil sans vraiment faire attention à comment on se brosse les dents.

Ça on peut automatiser la routine parce que c'est toujours pareil d'un jour sur l'autre, on ne doit pas réfléchir et trouver une nouvelle manière de se brosser les dents.

Ce qui est pourquoi une personne qui a un trauma cérébral et qui ne peut utiliser que des anciennes habitudes, ben elle pourra parfaitement se brosser les dents comme elle le faisait avant ;

En revanche pour ce qui est de l'écriture elle pourra se mettre habituellement en conditions d'écrire si elle était habituée à écrire avant son trauma, mais elle n'arrivera pas à écrire quelque chose de nouveau, ça sera bloqué,

tout au plus elle pourra réécrire des choses banales qu'elle a déjà écrit dans le passé.

...

Une habitude ne laisse pas de trace en mémoire

Cela dit en vérité l'exemple de la brosse à dents ne compte même pas comme une vraie habitude, à moins de ne jamais ou quasiment jamais rater de jours et de ne même pas se rendre compte qu'on s'est brossé les dents.

Ce qui je pense est vraiment rare.

Personnellement, je suis très peu conscient quand je me brosse les dents,

c'est à dire que je ne me rends pas vraiment compte de comment je me brossse les dents.

Ça on est d'accord, ça relève de l'habitude.

En revanche je suis souvent conscient quand je dois aller me brosser les dents ou que je vais me brosser les dents.

Et cette élevation de conscience lors de l'initiation, c'est du self-control.

C'est du contrôle exécutif.

Et c'est pour ça que très souvent je me souviens assez bien si je me suis brossé les dents ou pas aujourd'hui, même si je ne me souviens pas comment je me suis brossé les dents aujourd'hui.

Il y a une trace diffuse dans ma mémoire.

Les habitudes pures et dures sont beaucoup plus transparentes et mécaniques pour nous.

Et donc beaucoup moins accessibles au rappel conscient.

Elles ne laissent pratiquement aucune trace dans notre mémoire.

La façon dont on marche, dont on parle, dont on se tient debout, dont on s'assoie, dont on dort, dont on écrit, dont on saisit les objets, etc.

Tous nos bons et nos mauvais automatismes.

...

Ce qui a donc beaucoup plus de sens d'un point de vue développement personnel, ce n'est pas le développement des bonnes habitudes, mais l'élimination des mauvaises habitudes.

Parce que ces mauvaises habitudes bien souvent on ne se rend pas compte qu'on les fait étant donné qu'elles sont automatiques.

On est incapable de dire si on les a fait ou pas.

On a souvent besoin d'avoir une perspective à la troisième personne pour se rendre compte de ces mauvaises habitudes.

Et elles sont bien bien implantées.

Donc c'est assez difficile de les corriger.

C'est assez difficile d'arrêter de retomber dans les mauvais automatismes,

parce qu'on ne le fait jamais consciemment en premier lieu.

Il faut vraiment faire un double travail pour ça :

non seulement un travail de prise de conscience de ce qui ne va pas et de ce qu'on doit faire à la place,

ce qui est grosso-modo le travail que les coachs vont vous aider à faire ;

mais aussi un travail conscieucieux pour empêcher l'expression de la mauvaise habitude et forcer l'expression de la bonne “habitude” (qui est encore une routine),

pendant très très longtemps pour que ça s'ancre dans notre cerveau.

Parce que bien sûr une fois qu'on sait ce qu'on doit faire et ce qu'on ne doit pas faire,

ce n'est pas magique,

il faut beaucoup de pratique pour intégrer profondément ça à notre "être" (fond d'opération).

Il faut un plan, et il faut l’appliquer.

La régularité dans les efforts

Bref du coup ne vous faites pas avoir.

Quand les gens vantent les bénéfices des bonnes habitudes dans le développement personnel,

en fait ils vantent plutôt les bénéfices de la régularité dans les efforts.

Ou de la structuration "habituelle" et controlée des efforts si vous préférez.

Comment prendre le contrôle de ses journées, tout ça.

Ce qui relève plus de l'organisation et de la discipline, que de l'habitude.

Tout ce qui est prise de contrôle, c’est par essence opposé aux automatismes.

Vous pourrez peut-être vous dire que je chipote pour rien.

Mais pour moi, ce n'est pas rien, car je trouve que beaucoup de coachs jouent sur cette confusion pour séduire,

en laissant penser qu'il y a quelque chose de magique qui permet d'automatiser les efforts.

L'ironie de tous les systèmes et plannings pour structurer les habitudes, de tous les mini-objectifs à remplir qu'on se refixe chaque jour,

c'est que c'est justement une manière de contourner le fait que l'on ne peut pas créer d'habitudes pour automatiser certaines choses.

Ce qui est pourquoi ces systèmes nous permettent de contrôler consciemment si oui ou non, on a fait ce qu'on devait faire chaque jour.

Parce qu'on n'a pas moyen d'automatiser ça.

Ce sont des sortes de structures de contrôle qu’on applique sur notre vie.

Ça relève donc à 100% de l'organisation, du self-control et de la discipline, et non des habitudes.

En fait j'irais même plus loin et je dirais que ces systèmes pour contrôler ses journées en mettant en place des “habitudes” ce sont des systèmes anti-habitudes.

Dans le sens où on est naturellement pris dans des boucles d'habitudes automatiques qui prennent tout l'espace,

et qui fait que si rien ne nous arrête, on ne prendra jamais le temps de faire certaines choses qu'on doit faire.

Les jours vont s'enchaîner les uns après les autres, puis les semaines, puis les mois, etc.

Et on aura complètement délaissé certaines choses.

Le fait que la plupart des coachs et auteurs mettent en avant des systèmes de structuration des routines pour prendre le contrôle de nos journées,

en justifiant ça avec la littérature sur les habitudes,

et qu'ils ne réalisent pas à quel point c'est absurde et paradoxal,

je dois avouer que ça m'échappe.

...

La vérité, c'est qu’être régulier dans les efforts c'est ça qui va vous faire avancer et progresser dans la vie.

Et non le fait de transformer vos routines en habitudes complètement automatiques.

...

Car encore une fois les comportements qui demandent le plus d'efforts ne peuvent pas être transformés en habitudes.

Et encore une fois au niveau du développement personnel, les comportements qui demandent le plus d'efforts, ce sont souvent ceux qui vous vous faire avancer, et donc ceux qu’il faut arriver à faire régulièrement.

Du coup la régularité dont il est question, eh bien c'est un concept qui est assez détaché et même opposé du concept de l'habitude.

C'est beaucoup plus proche de ces 5 concepts : l'organisation, la discipline, la motivation, la non-résistance et la potentialisation.

...

Et on verra à quoi correspondent ces concepts dans le prochain épisode !


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