Le 21/03/2022

Pourquoi il faut faire quelque chose contre l'addiction à la désinfo #0308



Deuxième partie de la série sur la censure et la neutralité. On parle d'effet Streisand, d'addiction, de drogues, de porno et de coût d'opportunité.

Bonjour et bienvenue,

C'est Bertrand de la Fondation MAGister, l'école des héros du monde réel.

Pour le deuxième épisode de la série sur la censure et la neutralité.

Ce deuxième épisode est la continuité directe du premier épisode. Je reprends là où je m'étais arrêté.

En gros dans le premier épisode, je vous expliquais que dans un système idéalement régulé, les informations de basse qualité ne devraient pas avoir la possibilité de se propager et de devenir virales.

Je vous disais que la régulation peut contre-intuitivement mener à plus de neutralité et non moins de neutralité.

Je vous disais par exemple que dans un système idéalement régulé, le complotisme de bas-étage devrait être censuré. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne pourrait plus créer du contenu sur les complots, mais qu'on devrait le faire sérieusement.

Et pour comprendre le pourquoi de tout ça, je vous invite à consulter les arguments de ce premier épisode, et du second (celui que vous lisez en ce moment).


Et l'effet Streisand alors ?

Vous allez pouvoir me dire, ouais mais de censurer le complotisme de bas étage, ça va encore plus renforcer les gens dans les théories du complot, dans la paranoïa du contrôle gouvernemental, ça va confirmer leurs biais et leurs croyances, etc.

Et puis surtout, si on censure des informations, alors les gens vont trouver des moyens de contourner.

Autrement dit ça correspond plus ou moins à ce qu'on appelle l'effet Streisand, qui caractérise une volonté de censure qui se retourne contre elle-même.

Et du coup pour vous répondre, je pense que oui et non. Mais surtout non.

Parce qu'on peut diviser les complotistes en deux : les acteurs et les vecteurs.

Les acteurs du complotisme ce sont en gros les extrémistes du complot. On retrouve dans cette catégorie les théoriciens et les producteurs de contenu complotistes.

Alors que les vecteurs du complotisme, ce sont juste des gens qui lisent et partagent les contenus complotistes. Ils ne sont ni théoriciens ni producteurs.

Les acteurs du complotisme sont minoritaires. Ce sont les vecteurs qui forment la masse des complotistes.

Et je pense que l'effet d'une censure généralisée serait très différent sur les acteurs et sur les vecteurs.

S'il y a une censure généralisée, je pense que les acteurs du complotisme, ils vont continuer dans leur activisme, ça va être de l'engrais pour eux, ils vont trouver des moyens de contourner la censure, peu importe la friction.

Mais j'ai envie de dire, on s'en fout de ces personnes-là.

Ces personnes-là, elles sont peu nombreuses, et à elles seules, elles ne suffisent pas à propager le complotisme de bas étage.

Avec des personnes comme ça, tout ce qu'il y a c'est des petites niches insignifiantes.

Les personnes qui propagent le complotisme de bas étage et qui en font quelque chose de plus mainstream, ce n'est pas elles.

Non, ce sont la masse de vecteurs.

À savoir des personnes qui sont individuellement beaucoup moins durablement engagées dans le complotisme que les acteurs, mais qui consultent et partagent quand même le complotisme de bas étage sur les réseaux sociaux.

Et bien que ces personnes soient beaucoup moins engagées que les acteurs, le fait qu'ils soient très nombreux fait que c'est eux qui rendent le complotisme mainstream.

Mais ce qu'il faut bien comprendre c'est que ces personnes-là, les vecteurs, la seule raison pour laquelle elles sont actives dans le complotisme, c'est parce que les idées des acteurs du complotisme arrivent régulièrement dans leur environnement.

Si les idées complotistes de bas étage n'étaient pas dans les rayons du marché d'Internet, ces personnes n'auraient pas d'elles-mêmes cherché à rentrer là-dedans.

Et elles n'auraient pas développé une attitude aussi tranchée si elles n'avaient pas entendu toutes ces désinfos qui sont là à cause de l'absence de régulation.

Elles ont été passivement infectées par l'environnement commun.

C'est à dire que c'est parce que ces idées sont super virales et accessibles sur internet, et souvent parce que quelqu'un de leur entourage leur a partagé des idées complotistes facilement accessibles, directement sur leurs comptes de réseaux sociaux ou sur le compte mail ;

qu'elles ont elles-mêmes à leur tour pensé à ces idées et partagé ces idées sur leurs réseaux.

C'est l'exposition passive dans des lieux communs et l'absence de friction qui les a fait être pris dans la vague.

Ce sont des victimes de la qualité des courants communs. Si les courants communs changent de qualité, ces personnes vont probablement finir par passer à autre chose et penser à autre chose.

D'une certaine manière c'est très similaire à la pandémie du covid.

Sans internet et surtout sans les réseaux sociaux, c'est juste impossible que le complotisme devienne pandémique.

C'est ça qui donne de l'exposition et donc de la viralité au complotisme.

S'il fallait aller sur des sites de niches obscurs pour être exposé à du complotisme, mais personne ne serait infecté. Il y aurait beaucoup, beaucoup moins de vecteurs.

Alors que là avec les réseaux sociaux, on peut potentiellement le chopper partout. Comme le covid.

Encore une fois avec le complotisme, on est très souvent à l'opposé de la pensée libre.

Beaucoup de gens deviennent progressivement complotistes sans aucune intention initiale d'être exposé à des médias de ce type.

Les premiers contacts se font de manière fortuite, sans aucune volonté initiale. Juste parce que ces contenus deviennent viraux.

Et c'est seulement après plusieurs contacts avec des médias complotistes, que ces personnes se transforment en drones du complotisme, qui là vont délibérément chercher ce genre de médias et les partager.

Autrement dit, sans cette accessibilité outrancière, ces personnes ne seraient jamais rentrées sérieusement là-dedans.

De plus, souvent elles ont très peu de compétences informatiques ces personnes, donc même s'il y a la possibilité de contourner la censure,

elles ne vont probablement pas faire l'effort de trouver des moyens techniques pour la contourner.

La moindre friction peut je pense suffire à les faire décrocher.

Elles vont passer à autre chose. Elles vont trouver un autre passe-temps.

C'est dire le rôle crucial que joue l'absence de friction dans la viralité de la désinfo.

Et par l'absence de friction je veux dire l'accessibilité de ces désinfos dans les endroits communs où les gens vont par habitude. Facebook, YouTube, Twitter, Mails, etc.

Tout ça, ce sont des canaux généraux, les gens y vont quotidiennement sans raison particulière. Ce ne sont pas du tout des canaux spécifiques au complotisme.

Rien que de devoir aller sur un site spécifique au complotisme pour accéder à ces désinfos, ça rajouterait une petite friction suffisante pour faire décrocher une énorme partie des gens qui sont pris dans la boucle.

Alors s'il faut installer un VPN ou autre pour accéder à ces désinfos, mais le nombre de personnes qui vont décrocher, il est gigantesque.

Il n'y a vraiment que les plus addicts qui vont rester.

Et surtout le nombre de nouveaux convertis sera drastiquement diminué.

Parce que les nouveaux, actuellement, ils entrent à partir de ces canaux généraux.

Si les canaux généraux ne sont plus une porte d'entrée vers ce type de désinfos, ben il n'y aura quasiment plus de nouvelles personnes à être converties.​​​​​​​

L'analogie de la galette des rois

Pour imager les choses, imaginez la désinfo complotiste comme de la galette des rois.

Bon, je ne connais pas précisément la corrélation entre la consommation de galettes des rois et son exposition dans les rayons des magasins, mais je suppose qu'elle est extrêmement forte.

C'est à dire que les gens consomment massivement de la galette des rois quand elle est bien exposée dans les rayons des magasins (autour du mois de janvier), et cessent pratiquement automatiquement quand elle n'est plus exposée dans les rayons.

Alors oui il va y avoir des rares personnes qui vont activement essayer d'en chercher et d'en "dénicher" une fois que la galette des rois ne sera plus en rayon, pour continuer à en profiter tout le long de l'année.

Mais ils vont être extrêmement minoritaires.

Je pense que le schéma serait assez similaire en cas de disparition de la désinfo complotiste des gros "rayons" de l'Internet.

Seuls les "acteurs" continueraient à la rechercher, mais la plupart des "vecteurs" lâcheraient l'affaire et passeraient à autre chose, sans même regarder en arrière.


On rigole des chats qui se mettent à chasser le moindre objet que l'on fait gigoter devant leurs yeux, puis qui passent complètement à autre chose dès que l'objet disparait de leur champ de vision, et enfin qui se remettent à le chasser quand on le fait réapparaitre et gigoter à nouveau, etc ;

mais pourtant on n'est, nous aussi, vraiment pas si loin que ça de ces dynamiques comportementales.

Comme je vous le disais dans l'épisode 210, la raison pour laquelle quelque chose nous fait envie, nous intéresse et nous reste dans la tête,

ce n'est pas tellement parce que cette chose là nous fait particulièrement envie ou nous intéresse particulièrement en soi,

non c'est parce qu'actuellement, c'est l'une des seules choses vraiment excitantes à être activées dans notre conscience.

C'est parce que l'on n'a pas conscience des autres choses qui pourraient également nous faire envie et nous intéresser,

et que donc toute notre énergie mentale se verse dans cette envie/intérêt là.

La vérité c'est que c'est incroyable à quel point on peut décrocher facilement de quelque chose quand quelque chose d'autre de plus brillant rentre dans notre champ de conscience.

L'intérêt descend d'un coup.

Et de la même manière c'est incroyable à quel point on peut accrocher facilement à quelque chose quand il rentre dans notre champ de conscience.

C'est également pour ça que parfois on se rappelle subitement d'un truc excitant qu'on avait oublié qu'on devait faire, on se le revisualise, et pouf ça nous décroche de ce qu'on faisait et ça déplace notre énergie dessus.

De la même manière c'est pour ça que quand quelque chose gagne en excitation, ça se fait au détriment des autres choses qui perdent en excitation, au point d'être laissées de côté sans difficulté.

Donc j'insiste, si les médias de désinfos cessaient d'arriver dans le champ de conscience des personnes "vectrices" (vecteurs) et de nourrir leur attention et leur intérêt, à travers leurs réseaux sociaux et compagnie, eh bien il y en a énormément qui décrocheraient et passeraient à autre chose, et pour beaucoup sans même regarder en arrière.

Pour énormément de ces personnes, il y a tout un circuit d'habitudes qui dépendent de l'environnement. Si cet environnement change, ces habitudes tomberont avec.



Et pour en finir sur l'effet Streisand, il faut bien comprendre que l'effet pervers il y en a déjà un gros qui s'applique sur la non-régulation.

Il est très similaire à l'effet pervers de l'efficacité des vaccins en fait.

Plus les vaccins sont efficaces, plus on perd la peur des maladies infectieuses, et plus la peur se transfère sur les effets secondaires des vaccins.

Autrement dit les gens se focalisent sur les effets secondaires des vaccins et leurs problèmes parce que les vaccins fonctionnent et donc font disparaître la réalité des maladies.

Ce qui est similaire, c'est que les gens se focalisent sur la censure parce que l'absence de régulation est telle qu'il existe plein de fausses idées sur la réalité qui sont répandues. Et notamment des fausses idées sur la censure.

Quand les gens sont nourris de trames narratives qui déforment la réalité, eh bien pour eux la réalité n'est plus la réalité.

Par conséquent, toute information relatant avec justesse la réalité leur semblera déformée et manipulée, parce qu'elle ne correspond pas au modèle de réalité qu'on leur a instillé.

Et il en va de même pour ce qui n'est pas informé. Si les médias mainstream ne parlent pas de choses qui sont pourtant présentes et importantes dans leur modèle de la réalité, eh bien c'est qu'ils cachent la réalité.

Et donc à partir de là ces gens vont logiquement penser qu'il y a de la manipulation de l'information et donc de la censure.

Alors que ça ne serait jamais arrivé s'ils n'avaient pas été nourris d'un faux modèle de réalité.

C'est le contraste qui fait que ça leur vient à l'esprit. C'est une façon de résoudre la dissonance. Dissonance qui existe seulement à cause de la désinfo.

Donc de la même manière que les vaccins sont victimes de leur succès, la liberté est victime de son succès.

Parce que beaucoup de gens profitent de la liberté d'expression et de l'absence de régulation pour colporter et faire croire qu'in fine, il n'y a plus de liberté, il existe de la censure de masse, etc.

Autrement dit s'il y a toute cette focalisation sur la censure, c'est parce qu'il n'y en a pas vraiment et que les gens sont nourris de fausses théories sur la réalité, fausses théories qui laissent penser qu'il existe de la censure.

Et s'il y avait vraiment de la censure, ces fausses théories ne seraient pas accessibles et donc ne pourraient pas focaliser l'esprit des gens sur la censure.

Et c'est pour toutes ces raisons que je ne crois pas vraiment à l'effet Streisand pour ce qui est de la régulation des infos.

Je vois d'autres problèmes sérieux avec la régulation, mais pas celui-là.


// En fait, paradoxalement il pourrait y avoir moins d'insurrection contre la censure s'il y a vraiment de la censure, car c'est l'absence de censure qui nourrit les idées sur la censure.

//Mais non parce que beaucoup d'autres accèdent à ces infos parce qu'elles sont accessibles.

//Je pense notamment aux personnes de plus de 50 ans.

Le parallèle de la régulation des drogues

De bien des manières, les idées toxiques sont comme des drogues. Des drogues narratives.

Elles stimulent les gens psychologiquement et ils y deviennent rapidement addicts.

Les croyances associées à ces trames narratives (et la nutrition régulière de ces croyances) jouent un rôle systémique dans la vie des gens qui les consomment, et notamment dans leur économie émotionnelle.

Ils comblent des besoins psychologiques qui ne sont pas remplis, en donnant une sorte de mission de vie aux gens.

Ils permettent également d'ancrer toutes les énergies négatives, les frustrations, les colères, la haine, etc, contre des cibles, des ennemis communs.

Du coup ils donnent également le sentiment d'appartenir à une communauté, unie par une mission commune.

Tout ça, c'est très stimulant psychologiquement.

Ce qui fait qu'une fois qu'une personne rentre là-dedans, en général c'est très difficile de la faire sortir.

Il faudrait remplacer la fonction que joue ces croyances par quelque chose d'autre, et non les enlever sans chercher à les remplacer.

Le premier problème c'est que si la personne s'est attachée à ça en premier lieu, c'est que justement elle n'avait probablement pas autre chose pour remplir ces besoins psychologiques. Et donc elle va y être très attaché émotionnellement.

Et le second problème, plus important, c'est que les croyances associées aux fausses trames narratives sont en quelque sorte hyper bon marché pour couvrir certains besoins psychologiques, et ce sont en plus ce qu'on appelle des stimuli supranormaux (l'équivalent du porno mais pour d'autres parties du cerveau), ce qui fait qu'une fois habitué à ça, c'est difficile de trouver quelque chose de compétitif pour remplacer leur fonction.

Et c'est pour ça que c'est de la désinfo en premier lieu d'ailleurs, seul du sur-réel peut avoir un effet supranormal sur l'esprit.

Pour avoir cet effet supranormal sur la durée, ces trames narratives sont forcées de se décaler du réel.

En gros ce sont des trames narratives qui exploitent et profitent de la détresse des gens. Elles ont toutes les propriétés pour appuyer sur tous les boutons psychologiques et comblent tous les besoins.

Même si je pense qu'elles sont souvent produites inconsciemment par des personnes similaires, et non produites délibérément dans un but d'exploitation de manière "prédatrice" (parfois c'est très probablement le cas cela dit).

Les besoins non comblés finissent par créer naturellement leurs ancres.

De la même manière qu'un artiste va naturellement puiser dans ses sensibilités et ses blessures personnelles pour produire ses œuvres, œuvres qui vont en quelque sorte lui apporter un sentiment de clôture.

L'"ombre" commune de toutes les personnes qui sont sensibles à ce genre de trames narratives finit par donner vie à ces trames narratives.

C'est une sorte de projet artistique collaboratif qui s'ignore.

L'ombre commune finit par créer de manière organique une sorte de monstre imaginaire.

Et ce monstre imaginaire est son propre directeur, c'est lui qui "tire les ficelles", il évolue, il inspire et pousse les gens à créer ce genre de trames narratives, etc.

Internet permet de créer l'algorithme qui va trouver toutes les propriétés qui ont le plus grand effet psychologique.

C'est une variante de ce qu'on appelle le tri à bulles.

Très similaire aux algorithmes évolutifs également.

Il y a une compétition inconsciente dans les théories conspirationnistes, et une sélection naturelle derrière.

Plus ça avance, plus ce sont les théories qui appuient le mieux sur les boutons psychologiques qui vont grandir en population.

Bref, du coup, pour s'en sortir, la véritable clé c'est de ne jamais tomber dans ce genre de trames narratives en premier lieu.

Étant donné que ces trames narratives ont évolué pour appuyer fortement sur les boutons psychologiques des êtres humains, beaucoup de gens sont logiquement justes trop sensibles à ces trames narratives supra-stimulantes pour pouvoir "résister" rationnellement.

Non, ils vont devenir rapidement accro, et dans la dynamique dans laquelle ils sont ça n'apportera rien de constructif, au contraire.

Mais bien sûr, avec les réseaux sociaux, la relative absence de régulation, et l'aspect viral des idées associées (encore une fois, l'effet stimuli supranormaux), il y a de plus en plus de personnes qui y sont exposées et qui se font prendre au piège.

D'où la nécessité de mettre en place une régulation. Et de faire quelque chose également pour l'économie émotionnelle des gens, qui est l'engrais source, mais c'est encore une autre affaire.

Encore une fois je ne dis pas qu'on a les moyens et les capacités de mettre en place une régulation idéale, simplement qu'on ne va pas pouvoir convaincre rationnellement les gens de s'éloigner de ces trames narratives.

Je vous expliquerais pourquoi à la fin de cet épisode, mais je ne crois pas que la régulation est nécessaire pour la survie du système.

Elle est nécessaire vis-à-vis d'autres raisons que la survie du système.


Bref du coup, comme dans toute addiction, on retrouve un processus de "rétrécissement réciproque".

C'est à dire que petit à petit l'addiction prend de plus en plus de place dans la vie de la personne addict, la personne fait de moins en moins de choses, elle décroche petit à petit des activités dans lesquelles elle était engagée, elle perd le contact avec ses relations, tout le reste de sa vie disparaît progressivement jusqu'à ce qu'il ne reste plus que l'addiction.

Techniquement il y a un rétrécissement parallèle de l'esprit et de l'environnement de vie de la personne. Les deux se reflètent.

Le rétrécissement de l'environnement auquel la personne est exposée entraîne le rétrécissement de son espace mental,

rétrécissement de l'espace mental qui entraîne à son tour le rétrécissement de l'environnement auquel elle va s'exposer qui entraîne le rétrécissement de l'espace mental, etc, etc, jusqu'à ce que la personne ne pense plus qu'à l'addiction et à rien d'autre, qu'il ne reste plus grand chose dans sa vie, voire qu'il ne reste plus que l'addiction, et que tout se fasse en boucle fermée.

Tout le reste aura progressivement disparu de sa vie.

C'est ça qui caractérise le processus de rétrécissement réciproque.

Et au niveau des informations ça correspond à une personne qui va quotidiennement ou quasi-quotidiennement toujours sur les mêmes sites internet et sur les mêmes sujets.

Et qui ne va jamais consulter autre chose. Son environnement d'informations est rétréci.

De la même manière la personne va probablement être tellement obsédée par ça que ça va toujours revenir dans ses pensées, et dans ses sujets de conversation avec les autres.

Elle y repense tous les jours à ces sujets, il n'y a pas de pauses, ces sujets ne quittent plus sa vie. Son espace mental est donc également rétréci.

Mais du coup cette focalisation ne va pas entraîner un isolement classique.

Non, la personne va en quelque sorte s'isoler ensemble avec d'autres personnes qui partagent cette focalisation, formant ainsi une communauté hermétique.

//Et c'est vrai que c'est assez frappant. Je le vois avec mon père par exemple en ce moment. Tous les jours il va faire 2 heures sur l'ordi, 2h durant lesquelles il ne fait que des recherches sur les vaccins. Et quand il discute avec sa copine le sujet du vaccin revient énormément de fois. Genre que je les croise, la probabilité pour que le mot vaccin pop est très élevée.

Au niveau des idées, ce rétrécissement réciproque se traduit du coup par ce que j'ai appelé la consanguinité idéologique dans des précédents épisodes.

À savoir une reproduction des esprits en cercle beaucoup trop fermé et beaucoup trop voisins.

La consanguinité idéologique est l'équivalent de la consanguinité biologique en termes de problèmes.

Pour éviter les problèmes génétiques, il vaut mieux éviter de se reproduire avec sa famille, et encore moins uniquement avec sa famille.

Parce qu'on garde tous les défauts génétiques et qu'on empêche toute correction.

Et c'est ce qui se passe avec la consanguinité idéologique.

Quand les idées et les esprits se reproduisent en cercle fermé, l'intelligence diminue, le niveau diminue, les problèmes augmentent, etc.

...

Bref, il y a une citation de Karl Marx qui dit que la religion est l'opium du peuple.

Et le truc c'est que de nos jours, je pense que la désinfo est devenue l'opium du peuple.

Et cette drogue narrative qui est sur le marché de l'information, comme je vous l'ai expliqué dans le précédent épisode, dans l'idéal, elle devrait être contrôlée, parce qu'elle ouvre la porte à un paquet de problèmes.


// Ce qui est intéressant avec cette définition c'est que ça fait passer la consanguinité idéologique dans la case addiction

//ce qui va faire rétrécir ton espace mental (reciprocal narrowing) jusqu'à ce que les autres trucs disparaissent

Pourquoi Internet a tout changé

Vous allez pouvoir me dire, encore une fois, et l'effet pervers du contrôle dans tout ça ?

Quid des pays comme la Hollande ou le Portugal qui ont dépénalisé des drogues et qui ont eu du succès en termes de contrôle de la consommation globale ?

Peut-on imaginer que le parallèle serait le même avec les drogues narratives ?

Et pour moi, la réponse est non. On ne peut pas imaginer que le parallèle serait le même. Et je vais vous expliquer pourquoi.

Déjà il faut préciser les choses vis-à-vis de la dépénalisation dans ces pays.

Ok, la possession et la consommation de drogue est dans une certaine mesure dépénalisée criminellement, mais à ma connaissance, c'est toujours très régulé.

Si tu te fais chopper avec de la drogue dans ces pays, tu n'es certes pas considéré comme un criminel, mais tu es considéré comme un potentiel malade.

Et c'est ça qui compte.

Tu ne peux pas te procurer et consommer de la drogue partout et dans les quantités que tu veux.

Très très loin de là.

Si tu es contrôlé on ne te laisse pas repartir sans rien, non tu as des peines administratives qui vont au minimum te dissuader un peu.

Et surtout tu ne peux pas re-dealer ton stock.

On est très très loin d'une liberté totale dans ces pays, et surtout on est très loin de considérer la drogue comme quelque chose de tout à fait acceptable.

Non on voit davantage ça comme quelque chose dont les consommateurs sont victimes.

Mais en fait, ce que j'aimerais vous faire comprendre, c'est que quand bien même il y aurait une liberté totale dans ces pays et qu'ils auraient le même succès, eh bien les conditions ne seraient toujours pas du tout comparables avec la liberté des contenus sur Internet. Avec la liberté de prolifération des drogues narratives.

Pour la simple et bonne raison que la drogue que l'on met dans son corps n'est pas accessible instantanément depuis notre maison comme la drogue que l'on met dans son esprit.

Et ce point fait absolument toute la différence dans la nécessité de mettre en place une stratégie de contrôle.

Je veux dire, imaginez que les drogues dures soient autant accessibles que les drogues narratives sur Internet.

Imaginez que d'un seul clic, on puisse manifester physiquement de la drogue à consommer ici et maintenant.

Et que de la même manière, on ait juste à cliquer encore pour en avoir d'autre.

//Blague manifeste de la RAM. haha Clic pour ajouter de la RAM à ton ordinateur.

Imaginez également que chaque consommateur puisse potentiellement devenir un dealer.

Là les problématiques seraient mises à égalité.

Et sans régulation, la consommation et ses dérives seraient complètement hors de contrôles.



// Chaque consommateur devient un dealer. // Problème de la reproduction. Drogue physique ne se démultiplie pas.

//Ça ne met pas les choses à égalité. Pour mettre les choses à égalité, manifester de la drogue en un clic.

Autrement dit, le fonctionnement d'Internet change complètement la donne.

Avec Internet, la friction entre le désir de consommation et l'assouvissement du désir de consommation, elle est proche de zéro. On a juste à cliquer depuis chez soi. C'est instantané.

Avec les drogues pour le corps, cette friction entre le désir de consommation et l'assouvissement du désir, elle est proche de zéro aussi, mais seulement quand il nous reste du stock à la maison. Donc en quantité limitée. Et c'est ça qui nous donne des ouvertures pour sortir de la boucle. Parfois notre stock est vide.

Et quand le stock est vide eh bien on ne peut plus assouvir le désir de manière instantanée. Pour retourner dans la boucle, il faut se déplacer, aller au bon endroit, payer, etc.

Ce qui nous mène à une autre différence super importante : le coût.

Plus tu consommes de drogue pour le corps, plus ça a un coût financier.

La drogue narrative pour l'esprit quant à elle, est globalement gratuite.

Et elle est en abondance quasi-illimitée. Alors que la drogue pour le corps est précieuse car en quantité limitée.

Ce qui va t'inciter toi-même à réguler ta consommation pour que ce soit viable financièrement.

Avec les drogues narratives, il n'y a pas cette incitation à s'auto-réguler.

Et donc, si le marché des drogues pour le corps avait les propriétés du marché des drogues pour l'esprit, 

si on pouvait avoir accès à des drogues dures de la même manière qu'on a accès à des informations sur Internet,

la problématique de la régulation des drogues serait très très différente.

Aucun pays n'aurait la fantaisie de croire qu'on peut se passer d'une régulation forte.

Les contraintes matérielles des drogues pour le corps et de leur marché, elles modulent et contraignent énormément les dynamiques de consommation et les dérives qui vont avec.

C'est une sorte de régulation naturelle et indirecte.

D'ailleurs l'impact des contraintes matérielles est démontrable car les contraintes matérielles ne sont pas les mêmes partout. 

En effet pourquoi la consommation de drogue n'est pas équivalente partout dans le monde ? Pourquoi est elle localisée ?

Réponse : parce que les réseaux de drogues ne sont pas développés et implantés partout pareil.

Les villes où il y a les réseaux de drogues les plus développés sont celles qui ont le plus de problème avec la drogue.

Alors imaginez une ville où on pourrait avoir de la drogue en restant chez soi sans passer par un dealer.

Cette ville serait rapidement bourrée de camés. L'eldorado des camés. La capitale des camés.

La friction d'accès est bien souvent le seul rempart contre le développement de toutes sortes d'addictions nocives.

Ce qui est pourquoi, encore une fois, la régulation du marché des infos est je pense essentielle, vu qu'actuellement il n'y a aucune friction pour accéder à une abondance de désinfo qui se renouvelle chaque jour.

Il est essentiel de mettre de la friction dans l'accès à la désinfo.


Après ce qui joue contre la régulation des drogues narratives, c'est l'image qu'en ont les gens.

La consommation de drogue narrative, ça ne semble vraiment pas si grave pour la santé et la vie de l'individu, ni ne jouer grand chose dans les premiers ordres temporels.

Alors que les drogues pour le corps, tu as quand même très vite des soucis assez évidents sur la santé et la vie, même celui qui en consomme beaucoup sait que n'est pas anodin.

Tandis que la désinfo c'est considéré comme parfaitement anodin pour je pense grande majorité des consommateurs.

C'est même considéré comme bon en fait, surtout si c'est pour contrer la censure, pour diffuser la vérité, etc. Il faut en consommer et en partager le plus possible.

Ce qui est souvent la trame narrative associée aux drogues narratives.

Autrement dit la désinfo n'a pas l'image de la désinfo dans la tête des gens qui en consomme, non elle a l'image de l'info ou de la réinfo.

La consommation de désinfo n'entraîne en conséquence pas de culpabilité ou de baisse d'estime de soi, non à l'inverse elle entraîne de la fierté et l'augmentation de l'estime de soi, un sentiment de contribution au bien commun.

Ce genre de délusion, pratiquement aucun consommateur de drogue pour le corps ne l'a bien sûr.


Le porno et la désinfo

Et à ce niveau, on peut pour le coup faire le parallèle avec le porno, qui peut également être considéré comme de la drogue pour l'esprit.

Mais contrairement à la désinfo, le porno est rarement bien vu dans la tête des addicts.

Non justement, les addicts ont tendance à s'en vouloir de consommer du porno, ça baisse leur estime d'eux-mêmes, ils se sentent misérables et peu fiers.

Ce qui rend le porno beaucoup moins dangereux que la désinfo c'est donc le stigma négatif associé au porno ainsi que le cloisonnement psychologique naturel du sexe.

En effet le sexe, c'est quelque chose qui est en quelque sorte rangé dans un tiroir de notre vie, et qui ne sort pas de ce tiroir. C'est quelque chose de très privé. Quelque chose que l'on garde pour soi.

Alors que tout ce qui est désinfo, complotisme de bas étage, etc, c'est public. C'est considéré comme de l'intérêt public d'ailleurs. Ça envahit la vie personnelle et sociale de l'individu. Et donc ça se propage.

//(exemple : ma mère et mon père ne me parlent pratiquement plus que de ça) 

Le porno ça a un effet plus ou moins inversé : ça fait grossir la place que prend le contexte sexuel (naturellement isolé du reste) dans la vie de l'individu, au détriment du reste.

Imaginez si les gens partageaient du porno comme ils partagent des désinfos complotistes. Notamment sur leurs comptes de réseaux sociaux.

On serait envahis. Et le problème du porno serait d'autant plus sérieux qu'il ne l'est déjà actuellement parce que les gens qui veulent s'en débarrasser ne pourraient pas s'en débarrasser, ils seraient constamment exposés à du porno par leur environnement.


D'ailleurs, la différence entre les drogues narratives et les drogues pour le corps,

finalement c'est un peu la même différence que celle entre le porno sur Internet et le porno avant Internet.

Internet a permis au porno de se répandre de manière exponentielle et d'enlever toute friction dans l'accès au porno.

Et c'est ça le problème qu'il y a actuellement avec le porno. C'est pas tellement le porno, c'est la dérégulation du porno entraînée par Internet.

Je pense qu'avant Internet, pratiquement personne, à part pour des raisons religieuses, ne se disait que le porno était dangereux et devait être contrôlé sous peine de créer des addictions.

Et si pratiquement personne ne se disait ça, c'est en grande partie parce que le porno était déjà contrôlé de manière naturelle et indirecte par les systèmes de diffusion de l'époque.

En effet, il fallait aller dans des endroits spéciaux ou acheter des revues. Et l'âge était contrôlé.

De plus il y avait le sentiment de honte qui freinait énormément de personnes.

De la même manière il y avait des horaires précis et limités à la télé, et souvent peu accessibles. Genre une fois par mois en plein milieu d'une nuit. Un truc du genre.

Qui plus est sur des chaînes payantes.

Autrement dit il y avait beaucoup de contraintes matérielles.

Alors que quand tu es tout seul chez toi et que c'est le porno qui vient à toi via Internet, quand tu veux et en quantité que tu veux, toute cette friction disparaît.

De la même manière le côté abondance et renouvellement régulier, c'est ça qui rend le porno sur Internet beaucoup plus addictif que le porno avant Internet.

Dans le fond le porno pré et post Internet sont similaires, mais sur la forme ils n'ont rien à voir.

Et cette différence de forme est une différence énorme.

Le porno avant Internet impliquait des dynamiques beaucoup plus similaires avec les circuits de la drogue pour le corps.

Dans les deux cas, il faut se déplacer dans des lieux précis pour en chopper, il faut payer, et le renouvellement est peu fréquent. Ce n'est pas totalement anonyme.

Alors que le porno sur internet est similaire aux drogues narratives sur Internet : c'est instantané, totalement anonyme, tu y a accès depuis chez toi sans bouger ni rencontrer personne. Le renouvellement est pratiquement infini et super rapide.

Et tu peux facilement trouver tout ce que tu veux et plus encore, il y a du contenu qui va répondre à tes fantaisies les plus intimes.

Et tout ça complètement gratuitement.



Bref, ce qui donne l'apparence de légèreté de l'accès à la désinfo et de sa prolifération par rapport aux drogues dures, c'est que les problèmes viennent surtout avec le temps et les effets cumulés.

Je pense notamment au concept du terrorisme stochastique.

C'est beaucoup plus subtil et vicieux que les drogues pour le corps, et ça installe des dynamiques sur des ordres temporels éloignés.

Il y du lag, du délai dans l'émergence des conséquences.


L'illusion du sacrifice

Encore une fois je ne dis pas forcément que je suis pour la censure et la régulation, non. Je dis que je ne suis pas pour, mais pas contre non plus.

Autrement dit, je dis que c'est un dilemme. Comme ceux dont je vous parlais dans l'épisode 237.

On a le choix entre une option passive. C'est à dire ne rien faire, rester passif et laisser le mal arriver. Et une option active. C'est à dire faire un moindre mal pour ne pas laisser le plus grand mal arriver.

En l'occurrence, l'option passive c'est ici de laisser des idées polluer la noosphère et mettre les gens en colère contre des faux problèmes.

Et l'option active c'est de sacrifier certaines libertés pour mettre en place une régulation des mauvaises idées.

Et c'est un dilemme parce qu'on n'est pas certain que le moindre mal sera vraiment un moindre mal que le plus grand mal qu'il doit contrer.

Cela dit beaucoup de personnes se méprennent sur ce qui fait que c'est un dilemme.

Notamment ils ont cette idée que retirer la liberté et la neutralité c'est vraiment grave.

Sans réaliser que la liberté et la neutralité qu'ils imaginent exister maintenant, elles n'ont en fait jamais existé.

Ce sont des illusions.

Comme je vous le disais dans l'épisode précédent, la plupart des plate-formes certifiées sans censure, dédiées aux "penseurs libres", elles sont remplies de contenu qui n'a rien d'original et qui va grosso-modo dans le même sens.

Ces fameux "penseurs libres" ne réalisent donc pas qu'ils pensent tous la même chose et donc qu'ils adoptent les mêmes croyances de seconde main, et non leur propre pensée.

Ils ne réalisent pas que si leurs sujets de discussion sont censurés sur les plate-formes mainstream ce n'est pas pour contrer la pensée libre mais pour justement contrer la pensée non libre : des pensées toutes faites qui se répètent, qui infectent et qui se propagent sans réflexion critique, au point de devenir une pensée unique.

Et donc forcément quand tu sur-valorises la liberté et la neutralité actuelles, eh bien tu ne vois pas le dilemme. Tu choisis sans hésiter l'option passive, à savoir de ne pas mettre de régulation.

La plupart des gens qui pensent comme ça sont souvent des libertariens extrêmes et ultra-naïfs.

Les libertariens extrêmes refusent de sacrifier leur libre-arbitre absolu, libre-arbitre qu'ils sur-valorisent et donc qui leur parait vraiment précieux. Ils refusent toute forme de contrainte qui réduit leur liberté individuelle. Donc évidemment ils sont contre la censure et la régulation du marché des idées.

Le soucis c'est que comme ils sur-valorisent leur liberté, ils ne mettent pas des choses qui existent vraiment dans la balance.

Autrement dit, ce n'est pas qu'ils refusent de sacrifier leur libre-arbitre absolu, non c'est  qu'ils refusent de sacrifier leur illusion de libre-arbitre absolu.

Ou leur impression de libre-arbitre si vous préférez.

Alors qu'encore une fois, si on analyse comment les gens arrivent sur les contenus, si on analyse les dynamiques, on est très loin de trouver un processus libre et rationnel.

Bien au contraire, comme je vous l'ai expliqué dans le premier épisode, on retrouve une forme de dictature de l'attraction sensorielle.

Les gens n'ont pas vraiment le choix, parce que ce qu'on leur propose et qui capture leurs sens, ce sont toujours les mêmes choses, et ils s'arrêtent sur ces choses et ne vont pas consulter le reste.

C'est encore moins équitable que les expériences classiques de dilemmes moraux (car dans les expériences classiques, ce qui est sacrifié est une vraie personne, alors que là c'est une perception illusoire/une valeurgie mal placée).


Le coût d'opportunité

Dans un monde idéal, on évaluerait toutes les positions du marché des idées pour se faire un avis avant de prendre soi-même une position.

Et on ne se laisserait pas influencer par les premières positions que l'on évalue dans notre évaluation des dernières.

Mais en pratique, quand notre esprit commence à s'engager dans une position, ça a tendance à prendre toute la place, toute notre attention, et nous couper toute envie d'évaluer objectivement d'autres positions.

On a tendance à s'arrêter sur les premières positions qui engagent notre esprit.

Donc c'est crucial de faire en sorte que les premières positions sur lesquelles les gens tombent ne soient pas foncièrement fausses et/ou toxiques.


Je vous ai déjà dit dans des épisodes précédents qu'on ne réalise pas le coût d'opportunité que la moindre chose que l'on fait régulièrement peut avoir.

On voit ce que ça nous apporte, mais on ne voit pas ce que ça nous enlève.

Ou plutôt ce que ça empêche d'arriver.

Ça diminue notre excitation d'aller explorer et découvrir de nouvelles choses (cf rétrécissement réciproque)

Comme si notre système de GPS mental se fermait et ne cherchait plus autant à trouver de nouveaux chemins intéressants.


Nos ressources sont extrêmement limitées.

Le nombre de choses que l'on peut intégrer dans notre vie sans saturer nos capacités,

il n'est pas si élevé que ça.

Certainement pas aussi élevé que le nombre de choses qui sont accessibles à notre époque d'abondance.

Donc le coût d'intégration d'une chose, il est énorme.


C'est important de ne pas avoir d'intérêts à la fois réguliers et inutiles.

Il y a tellement de choses intéressantes, d'opportunités de développement, etc pour lesquelles vous n'avez pas d'intérêts actifs,

pour lesquelles vous êtes mentalement passifs.

Alors que ce serait une bonne chose d'avoir des intérêts envers ces choses là,

ça vous pousserait à faire avancer votre vie.

Avoir un intérêt pour quelque chose, et en particulier un intérêt régulier, c'est beaucoup plus exceptionnel que ça n'y paraît.

Si vous prenez du recul, vous vous rendrez compte que dans une même période,

vous ne pouvez pas avoir d'intérêts pour beaucoup de choses différentes en fait.

Notre espace mental est vite saturé et notre attention est très vite verrouillée.

Les places sont extrêmement chères.

Chaque intérêt prend une place limitée de votre capacité mentale.

Alors c'est quand même triste qu'une grande part de l'humanité ait le complotisme de bas-étage comme intérêt,

quand on prend en compte que notre espace mental est vite saturé.


Mais du coup tu es pour la censure ?

Pour terminer ce deuxième épisode, je reprends ce que j'ai déjà dit à la fin du dernier épisode : je ne dis pas forcément que je suis pour la censure et la régulation, non.

Je dis que je ne suis pas pour, mais pas contre non plus.

Par exemple je ne suis pas pour la régulation, car je pense que malgré tout, la portée de la désinfo a une limite maximale étant donné son décalage avec la réalité.

Comme je l'ai mentionné dans l'épisode précédent, même si les personnes sujettes à la désinfo ont tendance à avoir la main très lourde sur le partage et donc à inonder Internet, la propagation de leurs conneries est limitée par leur absurdité.

Un moment donné il ne reste que des personnes dont l'esprit va être suffisamment imperméable, et même repoussé par la désinfo.

Si on considère la désinfo comme un virus, augmenter la quantité d'une même qualité de ce virus est inefficace pour pénétrer les cerveaux qui dépassent un certain degré de raison.

Peu importe la quantité le système immunitaire mental de certaines personnes ne se fera pas avoir.

Justement à l'inverse, il va apprendre à repérer plus efficacement la désinfo.

Donc grâce à Internet et au partage, les désinfos remplissent très vite la capacité maximale de leur "bassin", mais après c'est fini, elles ne peuvent pas gagner plus.

Le niveau moyen de la désinfo est tellement bas que cela crée une frontière virtuelle.

Autrement dit, la nature du mouvement de la désinfo filtre énormément à la fois positivement et négativement.

Si une personne a les bonnes valeurgies elle va être happée direct, mais sinon elle va être repoussée.

Par conséquent, si on ne fait rien en termes de protection et de régulation, il est très probable que le système s'en sorte sans trop d'accrocs.

C'est triste pour les personnes qui vont se faire bien toucher et pirater par le virus de la désinfo, mais le système n'est pas en danger d'être complètement vérolé.

On peut avancer que la régulation est nécessaire pour endiguer efficacement le problème de la désinfo, mais on ne peut pas vraiment dire qu'elle est nécessaire pour la survie du système.

Et donc c'est une raison de ne pas être pour la régulation, une raison de penser qu'on peut s'en passer.

Bref, je ne suis également par pour la régulation car je pense que ça déporte juste le problème : sans éducation et sans changement du terrain émotionnel et valeurgique, les gens vont perdre leur temps avec autre chose.

Je pense donc que c'est le genre de sujet sur lequel il est raisonnable d'être divisé, de reconnaître qu'il y a des gros problèmes des deux côtés ; et non d'être naïvement pour ou contre.

Autrement dit, je dis que c'est un gros dilemme de censurer ou de ne pas censurer des idées dans le marché des idées. Contrairement à ce que beaucoup pensent.

Il n'y a pas une option qui est beaucoup mieux que l'autre. C'est de la fantaisie de penser ça.

C'est un dilemme comme ceux dont je vous parlais dans l'épisode 237.

Et donc en fait cette série, elle est à prendre comme une ouverture aux problèmes de l'absence de régulation.

Ce n'est pas tellement une série pour dire qu'il faut mettre telle ou telle régulation.

Mais une série pour faire réaliser que l'absence de régulation est beaucoup plus problématique qu'on ne l'imagine naïvement.

Au mieux, l'absence de régulation du marché des informations est le meilleur "pire système" en fait. Mais en aucun cas c'est un système sans gros problèmes et gros défauts.

De la même manière que la démocratie est au mieux le meilleur "pire système" par rapport aux autres (je vous invite à lire le livre "Democracy for Realists" pour en savoir plus là-dessus, et notamment pour faire tomber les idées fantaisistes et naïves sur la démocratie).

Et du coup ce n'est pas pour dire que la censure et même la régulation ne posent pas elles aussi leur lot de problèmes.

Bien sûr qu'elles en posent des problèmes.

À tel point que je doute qu'on puisse arriver à mettre en pratique un système de régulation à la fois généralisé et idéal sur Internet. C'est un doux rêve.

Déjà cela demanderait des ressources monstres, ça freinerait tout.

Ensuite comment déterminer la limite entre ce qui passe et ce qui ne passe pas ? C'est beaucoup plus délicat et complexe que sur le marché financier, et beaucoup plus sujet à interprétation.

Comment éviter les dérives (de censurer des "innocents" notamment) ?

Et qui serait en charge de la censure ? Comment éviter la corruption, l'incompétence, etc.

Les dérives actuelles de la "cancel culture" sont d'ailleurs une indication des dangers de ce genre d'approche (même si personnellement je suspecte que les problèmes de la cancel culture et les problèmes de désinfo sont les deux faces de la même pièce, qu'ils se polarisent mutuellement).

Bref, il ne faut pas se faire de fantaisie, si on parvient à mettre en place un système de régulation généralisé, il ne sera probablement pas du tout idéal.

Mais cela dit je pense qu'on peut trouver un bon compromis.

À savoir de laisser tout ouvert comme c'est actuellement, mais de forcer à rendre des comptes les personnes qui sont relativement populaires et qui colportent de la désinfo depuis longtemps, sous peine d'être retirées des plateformes communes.

Il y a un risque non négligeable de division de la population qui est à prendre en compte, mais je ne pense pas qu'il soit différent de ce qu'il est actuellement.

Vous allez me dire également, ça existe plus ou moins déjà ce genre de mesures, mais non. Actuellement on peut s'en sortir trop facilement et pendant trop longtemps.

Et ces colporteurs populaires sont je pense responsables de l'ampleur que peut prendre la désinfo.

Donc les empêcher d'être présents dans les flux communs, c'est déjà pas mal comme dépollution.

Et ça permettra peut-être aux gens de prendre le partage d'infos moins à la légère.

Encore une fois il ne s'agit pas d'épingler les gens à la moindre désinfo, mais d'épingler ceux qui font ça depuis des années et après avoir été clairement averti des problèmes.

Ceux pour qui c'est pratiquement un fond de commerce, et pour lequel le doute n'est plus permis.


//Le problème c'est que c'est incroyablement difficile de mettre en place une censure proactive.

//

//Et en plus comment faire pour déterminer la limite entre ce qui passe et ce qui ne passe pas.


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