Le 22/09/2020

Introverti / Extraverti - Retenue, anxiété sociale, vigilance #0253



Ce dont il faut bien prendre conscience c'est que l'extraversion et l'introversion ne sont pas des attitudes équivalentes d'un point de vue survie, sécurité, risques, dangers et vulnérabilité.

Bonjour et bienvenue,

c'est Bertrand de la Fondation MAGister,

l'École des Héros du Monde Réel.

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Dans les trois derniers épisodes on a commencé à parler de l'opposition entre les personnes de nature introvertie et les personnes de nature extravertie.


Je vous disais que même si je pense que cette opposition existe bel et bien,

elle a tendance à être hyper-exagérée et à être détournée et utilisée comme prétexte pour justifier différents problèmes qu'on peut avoir,

et qui en fait sont indépendants de tout ça.

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Dans le dernier épisode on a abordé la confusion à propos des relations avec la régulation de notre énergie.

Dans cet épisode on va aborder la deuxième grosse confusion qui porte sur les relations avec les mécanismes de régulation de notre expression.

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Le problème central de cet épisode c'est que chez les personnes qui ont un cerveau qui fonctionne bien,

avoir un haut degré d'extraversion n'est pratiquement jamais quelque chose de naturel.

Les personnes qui ont un haut degré d'extraversion ne sont pas nées directement comme ça.

Elles se sont développées comme ça parce que ça leur a bien réussi d'être extraverti,

elles n'ont pas eu de retour négatif, elles ont eu des retours positifs.

Elles sont rentrées dans des boucles de feedback positives.

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À l'inverse, un enfant qui se fait punir pour son extraversion, il va très vite devenir reservé ou timide.

Il va rentrer dans des boucles de feedback négatives.

Et donc à partir de là c'est difficile de parler de naturel extraverti.

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Déjà ce dont il faut bien prendre conscience c'est que l'extraversion et l'introversion ne sont pas des attitudes équivalentes d'un point de vue survie, sécurité, risques, dangers et vulnérabilité.

Être extraverti qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire s'extérioriser au monde.

À notre époque moderne, certes ce n'est pas vraiment très dangeureux, tout le monde peut se permettre de le faire.

Mais il faut se reprojeter dans le passé.

Dans le passé, ce n'était pas du tout anodin d'un point de vue sécurité et survie de s'extérioriser au monde.

Ça pouvait être dangereux.

Et aujourd'hui encore, s'extérioriser au monde, c'est prendre le risque de dire une bêtise, c'est prendre le risque de blesser quelqu'un, c'est prendre le risque de se faire des ennemis, c'est prendre le risque de casser notre réputation, c'est prendre le risque de se faire tester par d'autres, etc.

À notre époque on peut assez facilement refaire sa vie ailleurs si on a ruiné notre réputation dans notre environnement actuel, mais ce n'était pas le cas avant.

Avant on avait un cercle social pour la vie.

Donc ce n'est pas du tout étonnant que notre cerveau soit muni de mécanismes de régulation de notre expression, des mécanismes de précaution, de retenue et d'inhibition qui s'activent dans des contextes sociaux ou des dans contextes où l'on est susceptible d'être sous le regard des autres.

D'un point de vue des dynamiques sociales, quand les sociétés étaient plus petites et moins civilisées, si tu offensais des personnes importantes ça pouvait être très problématique pour ton futur.

L'extraversion sans filtres était le privilège des personnes de pouvoir, qui pouvaient se le permettre sans risquer des conséquences négatives.

Les autres devaient bloquer leur extraversion pour leur propre protection.

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Et par conséquent ce n'est pas du tout étonnant qu'on ait besoin de se sentir en sécurité pour s'exprimer librement,

ce n'est pas étonnant que plus ou moins consciemment on prend des précautions, on se filtre, on craint les conséquences de s'exprimer si on n'a pas évalué qu'on pouvait se permettre de le faire sans soucis.

Et ce n'est pas étonnant du tout que ces ménanismes soient plus activés quand on est avec des personnes que l'on ne connaît pas par rapport à quand on est avec des personnes que l'on connaît bien.

Niveau expression,

la plupart des gens sont en freestyle avec leur famille et leurs amis proches,

ou quand ils sont tout seul sous la douche.

Mais avec des inconnus ils se bloquent ;

C'est seulement quand ils se sont familiarisés avec et qu'ils sont en confort,

qu'ils lèvent l'inhibition et ouvrent leur expression.

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Et pour moi en fait une bonne partie des personnes introverties sont tout simplement des personnes qui ont ces mécanismes de régulation un peu trop sensibles et développés.

Autrement dit des personnes qui font tellement attention à ce qu'elles disent et ce qu'elles expriment qu'elles ont développé des blocages.

Des personnes qui ont besoin de s'assurer que ce qu'elles vont exprimer va être intéressant et apporter quelque chose et non pas leur porter préjudice.

Ce qui est pourquoi beaucoup d'introvertis ne sont pas très "small talk" et sont plutôt des intellectuels qui réfléchissent beaucoup,

qui ont le soucis du détail et parlent essentiellement de choses qu'ils valorisent et qu'ils maîtrisent.

C'est leur degré d'exigence qui entraîne un filtrage de leur expression.

Les extravertis sont bien souvent tout simplement des personnes qui disent ce qui leur passe par la tête, sans trop se filtrer plus que ça.

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Après ce qu'il faut comprendre c'est que ces mécanismes de régulation ne sont pas du tout statiques,

ils sont toujours à l'écoute de différents signaux pour s'ajuster.

Ils fonctionnent essentiellement de manière inertique.

Par exemple quand tu te retrouves avec un groupe de personnes, à partir du moment où tu commences à te mettre en retrait, à te fermer et te retenir de t'exprimer,

ça envoie le signal que tu n'es pas en sécurité pour t'exprimer et qu'il faut faire attention.

Et donc ça va augmenter ton degré d'inhibition et de filtrage interne.

Et au bout d'un moment si tu ne t'exprimes pas, le signal va être tellement fort que ça va être trop tard,

l'inertie de retenue sera tellement grande que tu ne pourras physiquement plus t'exprimer.

Physiologiquement tu ne seras pas en état, étant donné les changements chimiques dans ton corps, c'est comme si tu avais pris des médicaments pour t'anésthésier.

Et c'est pour ça que si tu essaies de t'exprimer dans cet état, ça risque de ne pas être terrible, tu risques de bégayer, de perdre tes mots, de ne pas savoir enchaîner, etc.

Pourquoi ?

Parce que tes canaux d'expression sont bloqués.

Certaines zones de ton cerveau seront pratiquement éteintes, tu n'arriveras plus à parler, tu n'auras plus d'idées à dire qui vont être générées, ton visage sera fermé, tes muscles seront désengagés, etc.

Ça sera bloqué.

Ce qui encore une fois est la stratégie sociale pour passer inaperçu et n'offenser personne.

Chimiquement tu seras dans une forme d'anésthésie, tu auras une camisole chimique, tu seras sédaté par ton propre cerveau.

Tu seras quasi-végétatif.

...

Inversement quand tu te retrouves avec un groupe de personnes, et que dès le début tu commences à t'exprimer et t'ouvrir, ça envoie le signal que tu es en sécurité et que tu peux te permettre de t'exprimer.

Ce qui va diminuer ton degré d'inhibition.

Tes robinets internes vont s'ouvrir, l'énergie va circuler en toi, ça va faire comme si ton cerveau était bien huilé, tu vas enchaîner les paroles, ton visage sera expressif, etc.

À partir du moment où tu commences à rigoler, à avoir du fun, etc, ça envoie des signaux très puissants qui désactivent tous tes filtres.

Rire sans se retenir, c'est un peu comme du prozac naturel en fait.

C'est comme prendre des médicaments anti-dépresseurs.

Ça te purge de toutes les molécules chimiques qui te rendent anxieux et qui bloquent ton expression.

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Personnellement il m'est arrivé de me retrouver dans les deux extrêmes dans différentes soirées.

Il y a des soirées où j'ai commencé à envoyer les mauvais signaux à mon organisme,

j'ai commencé à être sérieux, stoïque, à ne pas parler, et plus ça allait plus j'étais coincé dans ce rôle.

Comme si maintenant que j'avais investi dans ce rôle depuis le début de la soirée, je ne pouvais plus en changer, il fallait maintenir mon image.

Alors que les autres personnes c'était l'inverse plus ça allait plus elles se sentaient à l'aise.

Et donc plus je me sentais en décalage, plus je ne me sentais pas à ma place.

Au bout d'un moment l'inertie était tellement forte, mes canaux d'expression étaient complètement fermés, j'avais une résistance énorme à l'expression, je refusais d'aller danser même quand on m'y poussait, etc,

J'étais attaché à cette façon d'être froide, silencieuse et sérieuse, j'étais rigide, comme si je cherchais à rester cohérent.

Je ne pouvais plus revenir en arrière, j'étais bloqué et du coup j'avais envie de partir de la soirée, mon état ne résonnait pas du tout avec l'ambiance, j'étais en mode grumpy cat.

...

Inversement, il y a des soirées où j'ai rapidement commencé à envoyer les bons signaux, j'ai rapidement commencé à m'exprimer, à raconter plein des choses, j'ai commencé à rire et à faire rire,

puis étant donné le retour positif,

ça a envoyé le signal à mon cerveau que je pouvais continuer,

je suis rentré dans une boucle de feedback positive,

l'inertie de l'expression et du lâcher prise s'est développée,

mes canaux d'expression sont devenus grands ouverts, j'étais bien chaud.

J'ai commencé à faire le clown, à imiter des voix à la con, à partir dans des délires qui n'avaient aucun sens, etc.

Et c'était pratiquement incontrôlable, je ne pouvais plus m'arrêter, ça sortait tout seul.

J'étais tout sauf rigide, j'étais libre.

...

Au bout d'un moment ça créait des fous rires, et les fous rires c'est difficile à arrêter.

Parce que c'est chimique.

On est naturellement bourré et shooté quand on est pris dans un fou rire.

La situation en elle-même n'est pas si drôle.

Ça dépend davantage de l'état de chauffe dans lequel tu t'es mis à travers l'accumulation des signaux d'expression.

Je suis vraiment quelqu'un qui ne prend presque jamais d'alcool et autres substances,

et pourtant souvent les gens avaient l'impression que j'étais complètement fumé du cerveau quand j'étais lancé.

Ce qui est marrant parce qu'encore une fois souvent il m'arrive d'aller dans l'extrême opposé et d'être mentalement coincé.

Je suis quelqu'un qui a tendance à plonger à fond dans la direction dans laquelle je commence à partir en fait.

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Ce qui est intéressant à remarquer aussi, c'est que ça a évolué avec l'âge.

Quand j'étais gamin j'étais globalement très peu consciencieux et réfléchi comparé à maintenant,

et je faisais beaucoup plus le clown, j'aimais bien raconter n'importe quoi sans me prendre au sérieux.

Niveau identitaire, je me prenais beaucoup moins au sérieux, je n'avais pas de standards auxquels me tenir.

Avec le temps et la transition dans le stade adulte, le développement et le renforcement de du cortex préfrontal a tendance à nous rendre plus sérieux.

Et moi ça m'a rendu presque trop sérieux.

Je suis devenu très consciencieux, je me suis mis à travailler beaucoup sur des choses qui demandent de réfléchir, de faire attention, et de penser de manière logique.

Et de passer tout ce temps comme ça, ça m'a conditionné dans un certain mode.

Ça laisse une inertie négative qui me rend coincé et logique en situation sociale.

Comme si je ne pouvais pas changer directement d'état.

Je dois délibérement essayer de me reconnecter au mode de fonctionnement insouciant et non sérieux que j'avais quand j'étais gamin.

Ce qui bien sûr implique au préalable de se détacher de l'identité sérieuse qui a pu se construire entre le passage de l'enfance à l'âge adulte.


...


Bref, la clé à comprendre c'est que quand tu fais attention à ce que tu vas dire, quand tu ne t'exprimes pas, ton cerveau présuppose que c'est mauvais de s'exprimer et donc il bloque davantage tes possibilités d'expression.

Inversement quand tu commences à t'exprimer et que tout va bien, que les gens ont des réactions positives à ce que tu dis, ton cerveau présuppose que c'est bon de s'exprimer et donc il ouvre davantage tes possibilités d'expression.

...

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les personnes qui ont une haute d'estime d'elle-même, qui ont confiance en elles, sont beaucoup plus expressives et extraverties que les personnes qui n'ont pas confiance en elle.

Et ça se joue de manière globale mais aussi contextuelle.

Par exemple une personne qui se sent confiante et compétente dans un contexte,

elle ne va pas hésiter à s'exprimer dans ce contexte parce qu'elle présuppose que son expression n'aura aucune conséquence négative, au contraire, elle a l'assurance que ça va entraîner des réactions positives.

En revanche, dans un contexte où elle ne se sent pas du tout confiante, elle sera sur la retenue, parce qu'elle présuppose que son expression risque d'avoir des conséquences négatives.

Elle n'a pas du tout la même assurance.

Notre degré d'extraversion dans un contexte est en partie lié à notre positionnement dans ce contexte.

Quand tu es le boss dans un contexte, tu t'exprimes naturellement comme si tu étais le boss.

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Donc ce qu'il faut bien comprendre c'est que n'est pas vraiment une question de nature.

Mais plutôt une question d'inertie à différentes échelles.

...

Imaginez une personne qui est le stéréotype de l'introverti.

Le genre de personne qui a plus de plaisir quand elle est seule que quand elle est en groupe.

Le genre de personne qui se met plutôt en retrait quand elle est en groupe, qui ne parle pas beaucoup.

Le genre de personne qui croit qu'elle est authentique quand elle est comme ça.

Imaginez que par un tour de magie cette personne devient la personne la plus belle et la plus attractive du monde ;

que par un autre tour de magie à chaque fois qu'elle dit quelque chose c'est super intéressant et tout le monde lui renvoie des réactions positives, toutes ses blagues font mouche, etc ;

et enfin imaginez que par un dernier tour de magie elle soit dotée d'une force surhumaine qui lui permet de se défendre contre toute menace et donc de prendre des risques en toute sécurité.

Je vous parie qu'en quelques jours elle s'adaptera et deviendra hyper extravertie.

Parce que ça va l'exciter à fond.

Plus que les activités introverties qu'elles privilégiaient avant.

En général on tend tout simplement à privilégier ce qui nous procure le plus d'excitation de manière fiable.

Son introversion partira en fumée, parce que ce n'était pas une question d'authenticité,

c'était juste la meilleure stratégie comportementale qu'elle avait jusque là pour maintenir son excitation.

C'était sa meilleure option.

C'est comme les personnes soit disant gentilles.

Bien souvent ce n'est pas authentique du tout, c'est juste qu'ils ne savent pas s'en sortir autrement dans la vie qu'en étant gentil.

Être gentil est pour eux ce qui offre le meilleur rapport bénéfices-pertes.

...

Notre cerveau paraît stable d'une année à l'autre,

non pas parce qu'il ne peut pas changer,

mais parce qu'il s'est ajusté précisément à cette stratégie

vis-à-vis ce qu'il pense qu'on peut avoir.

En réalité il peut changer hyper-rapidement si les réponses changent à l'extérieur.

...

Sur ce on continue de parler de tout ça dans le prochain épisode !

En attendant si vous ne l'avez pas lu j'ai publié un nouvel article exclusif sur le blog de la chaîne,

je vous mets le lien en dessous en commentaire.

Comme d'habitude, je vous invite à vous abonner si ce n'est pas déjà fait,

à partager cette vidéo et laisser un pouce bleu si vous l'avez appréciée, ça m'aide pour la visibilité.

Quoi qu'il en soit je vous remercie de m'avoir écouté jusqu'au bout

et je vous dis à très bientôt pour la prochaine vidéo,

Ciao


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